Evidence ...
« L’Enfer, c’est les Autres »
Jean-Paul Sartre
Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.
AUTRUI(e)
Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.
« L’Enfer, c’est les Autres »
Jean-Paul Sartre
Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.
En cherchant dans le catalogue d’autrui en stock dans ma mémoire, je me suis automatiquement arrêtée sur Sabine.
Sabine. Ah…….Sabine !
Elle avait 17 ans. C’est sa seule excuse.
Je revois Sabine et ses cheveux jaunes. Non point blonds. Jaunes.
Elle les décolorait régulièrement avec un spray décapant volé à l’hyper du coin, croyant retrouver la blondeur de sa prime enfance. Une fois, elle avait entrepris, pour rire, de se teindre en brune en utilisant un de ces produits censés disparaître en quelques shampoings. Je ne l’ai plus vue pendant une semaine.
Quand enfin je lui ai parlé au téléphone, elle me dit d’un ton catastrophé :
- Je ne peux pas sortir ! Mes cheveux sont devenus verts !
- Verts, tu dis ? lui demandai-je, incrédule.
- Oui, verts ! Veeeeeerts ! Je te jure !
La pauvre créature. Poser sur ses cheveux moribonds des substances chimiques colorantes avait été l’apothéose, un véritable feu d’artifice capillaire.
Outre sa chevelure, Sabine s’inquiétait par-dessus tout de sa silhouette. Elle pouvait cesser de manger des jours durant. Parfois, il lui arrivait de tomber, comme ça, chez elle ou dans la rue. Elle a même été amenée à fuir l’hôpital, où elle atterrissait immanquablement, parce que cela la gênait dans la poursuite de son jeûne. Sabine avait la phobie des grosses.
Elle avait également la phobie des rides. Vieillir était pour elle le pire des châtiments, le summum de la décrépitude. Mais Sabine n’était pas fille à se laisser abattre : à chaque problème, elle trouvait une solution.
Aussi simplement qu’elle ne mangeait pas pour rester mince, elle décréta un beau jour que jamais elle ne serait concernée par la vieillesse, dont elle fixait arbitrairement le seuil à quarante ans.
- Moi ? Ah non, c’est impossible pour moi de vieillir. Je me suiciderai à 39 ans et demi.
Il suffisait d’y penser.
A l’heure où, par milliers, les internautes se regardent le nombril avec délectation et mégalomanie en racontant leurs aventures quotidiennes, j’inaugure ce blog en braquant mon modeste projecteur sur les autres.
Les Autres. Ces êtres semblables à moi-même et pourtant intrinsèquement différents. Ils sont fascinants précisément parce qu’ils sont innombrables.
Innombrables. Et ils ne sont pas moi.
Autrui, c’est ce passant qui déambule, cette fille qui relève ses cheveux nonchalamment, assise à l’arrêt de bus. C’est le collègue de travail qui nous accueille l’œil torve chaque matin, le SDF qui croupit sous son carton mouillé et pestilentiel, la bourgeoise huppée qui fait claquer ses talons avec arrogance. C’est la caissière fatiguée du supermarché du coin, ou encore la voisine volubile qui nous assomme de paroles stériles sur le palier, à la sortie de l’ascenseur. C’est l’enfant aux yeux pleins de rêve et le vieillard qui regarde vers le passé. C’est vous.
Je les regarde tantôt comme mes semblables tantôt comme les représentants d’une espèce aussi étrangère qu’étrange.
Observer autrui, c’est contempler l’Humanité avec ses qualités et ses travers. En une seconde, on peut saisir l’essence fugace de l’être humain, dans un instantané aveuglant de vérité.
Les Autres.
Observer autrui, c’est aussi, d'une certaine manière, se regarder soi-même à travers un miroir. Sans se reconnaître.
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