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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

Evidence ...

 

 

« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

Samedi 1 mars 2008



Les votes pour le Festival de Romans sont ouverts. Je réédite le message car j'ai très peu expliqué le but de ce concours. Je recommence donc en essayant d'être claire.

Il s'agit du festival de l'expression sur internet. Les internautes votent pour le ou les blog(s) de leur choix. Les dix blogs ayant récolté le plus grand nombre de suffrages dans chacune des catégories seront finalistes. C'est parmi ces blogs que le jury choisira le lauréat. 
Seuls les blogs finalistes seront lus par le jury (lequel se compose, entre autres, des éditions Plon pour la catégorie littérature).

Vous pouvez voter pour autant de participants que vous le souhaitez: je ne demande donc pas l'exclusivité, mais j'avoue, j'avoue: mon ego rosirait de joie si vos voix étaient nombreuses.

Pour voter, cliquez sur le lien ci-dessous.

Vous avez jusqu'à la fin du mois de mars pour le faire.

                         VOTEZ !


Vous pouvez aussi aller sur le site du festival, puis  aller dans la catégorie: "Littérature - Fiction / romans". Une fois mon blog repéré, il suffit de cliquer sur "fiche détaillée" et voter ! 

/ !   ATTENTION  / !
N'oubliez pas de cliquer sur la confirmation qui vous parviendra par email.

Dans les semaines à venir, certains textes plus anciens seront réédités. 


Merci. Je compte sur vous !
 

 

par Jo communauté : festival internet de Romans
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Jeudi 28 février 2008
Mes souvenirs de lycée sont vivaces comme s’ils dataient d’hier. Certains me font sourire, d’autres me serrent le cœur. Quelques réminiscences me laissent indifférente aussi.
Et voilà que, perdus au milieu de ces images d’un temps qui s’éloigne se dressent des épisodes qui font gronder, intacte, une immense colère.
Si Sabine était une amie de longue date, elle était toutefois absente de mon quotidien. Les études, ce n’était pas pour elle, aussi préféra-t-elle quitter le lycée pour goûter à l’ivresse de la vraie vie. De cette rupture avec l’univers d’une adolescence plus conventionnelle s’ouvrit un fossé que ni elle ni moi ne repérâmes tout de suite.
Rajaa fut l’amie des jours mornes, les jours qui se succèdent et nous mènent vers un âge adulte auquel on aspire sans le voir venir. Nous nous entendions à merveille et partagions la rêveuse nostalgie du pays natal de nos parents. Des histoires différentes, des origines distinctes, mais la même quête d’identité, la même soif de reconnaissance, une détermination identique à rester nous-mêmes sans savoir qui nous étions. Ensemble nous avons ri aux larmes, ri à en suffoquer, comme ça, pour rien. Ensemble nous avons séché mille cours de maths, avons bu des centaines de cafés, fumé d’innombrables cigarettes en crachant sur un monde hostile et conformiste auquel jamais, au grand jamais, nous n’aurions la lâcheté d’appartenir. Ensemble nous avons imaginé une amitié indéfectible. Ensemble nous nous sommes construites en nous regardant l’une l’autre comme un reflet dont on surveille l’évolution.
 
Un après-midi pluvieux d’automne, Rajaa et moi retrouvâmes Sabine dans un bistro parisien. Elle était accompagnée de son amie Marianne, dont les convictions politiques ne pouvaient que se heurter à l’histoire que Rajaa et moi incarnions. Toutefois, l’entente était cordiale et les conversations plaisantes.
Nous caquetions joyeusement lorsque soudain, le regard de Rajaa s’obscurcit. Elle fixait avec une insistance curieuse et étonnée un badge arboré ostensiblement par Marianne. Visiblement mal à l’aise, elle gigotait sur sa chaise en fronçant nerveusement les sourcils. Pendant ce temps, Marianne bavassait, riait, et Sabine, fidèle écho, lui répondait en ricanant à son tour.
Rajaa interrompit ces réjouissances en apostrophant Marianne : « C’est quoi, ça ? » demanda-t-elle.
Marianne ouvrit de grands yeux surpris.
-         Ca ? fit-elle pour demander des précisions supplémentaires.
-         Oui, ça, répéta Rajaa en tendant un doigt incrédule vers le badge épinglé sur la poitrine de la blonde pimbêche.
 
Marianne baissa les yeux, observa son badge. Leva la tête et fixa Rajaa sans détourner le regard. Puis, d’abord imperceptible, puis de plus en plus franc, un sourire se peignit sur son visage.
-         Ooooooooh, ça ? ironisa-t-elle non sans satisfaction. Ca, c’est Benito.
 
Rajaa, soufflée, s’abstint de tout commentaire. Nous étions jeunes, mais toutes devinions le message porté par l’effigie de Mussolini exhibée fièrement.
 
 
Notre quatuor improbable, je le sais aujourd’hui, n’était qu’un aperçu des nombreux paradoxes qui agitent le monde et constituent la fragile humanité.
par Jo publié dans : Les années lycée communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 13 février 2008

Jadis, en ces temps lointains où ma naissance n’existait qu’à l’état de vague projet, mes parents quittèrent leur pays, laissant derrière eux une terre natale gorgée de soleil ainsi que les oliviers et la dictature qui s’y épanouissaient. Ils s’installèrent en France le temps d’amasser un petit pécule, sans imaginer que de leur exil croîtrait un nouvel arbre qui, contre toute attente, parviendrait à planter ses racines avec la vigueur suffisante pour s’acclimater hors de son milieu originel.
Les années passèrent. La perspective du retour aussi.
 
A chaque rentrée scolaire, lorsqu’il s’agissait d’indiquer la profession des parents dans les multiples dossiers et formulaires, ma mère, qui était femme de ménage, me disait : « Mets couturière, plutôt ». Elle savait coudre comme personne mais n’avait pu, hélas, exercer le métier auquel la promettait toutefois sa formation. Je passai des années à écrire « couturière » dans la case « profession de la mère ». Puis j’ai grandi, et en grandissant, il y a ces choses qui nous révoltent, ces choses que l’on comprend.
Lorsque j’en avais l’occasion, je lançais désormais un « femme de ménage » un peu rageur. Je nourrissais une fierté outrancière de jeter à la face du monde ce que j’avais tu des années durant, et j’aimais à voir comme une provocation ce qui n’était en réalité que le pathétique cri d’une révolte aussi dérisoire que nécessaire.
Avec quelques années de plus, je parvins à trouver l’équilibre qui me permettait de ne plus dissimuler ni revendiquer. « Femme de ménage » devint une information simple et anodine. Administrative. Du moins jusqu’à ce jour où j’entrai dans la pyramide de la scolarité de Jussieu afin de m’inscrire à l’université pour la première fois. Je me trouvai face à ce jeune homme zélé qui s’efforçait de conjuguer efficacité, rapidité et amabilité. Il enregistra mes nom, prénom, date de naissance, discipline en pianotant fébrilement sur son clavier. Levant les yeux, il enchaîna : « Profession du père ? » Tic-tic-tic-tic. Nouveau regard interrogateur : « Profession de la mère ? »
-         Femme de ménage.
 
Immédiatement, il blêmit. Si subitement que je craignis la crise d’hypoglycémie, peut-être même l’apoplexie. J’étais convaincue que, d’une seconde à l’autre, il allait s’effondrer sur son bureau. Je l’observai avec une certaine anxiété. La mine décomposée, il bafouilla un peu. Là, c’était sûr, il faisait un malaise.
-         Mais… Je … Argh …
 
Derrière moi, la file d’attente était interminable, et les étudiants en herbe faisaient entendre leur impatience. Au guichet, l’employé souffreteux hoquetait toujours.
-         Ah mais, vous savez … lâcha-t-il avec une dégoulinante compassion, il ne faut pas avoir honte … !
 
Je mis quelques secondes à comprendre que si moi, j’étais très à l’aise, lui, en revanche, avait honte pour deux.
par Jo publié dans : Les années fac communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 8 février 2008
gifle.jpg
Au début de ma carrière, je me souviens de cet enseignant parfait, ce prof de français qui alliait droiture, rigueur, sérieux et esprit d’initiative pédagogique. Qualités qui, ajoutées à sa grande humanité, en faisaient un maître craint et aimé des élèves.
Toujours, il faisait preuve de calme autant que de recul, et bien souvent il fut amené à me prodiguer de précieux conseils lorsque, dépassée par l’agitation croissante de telle ou telle classe, ma patience autant que mon moral fléchissaient.
 
Un jour de mai, une fébrilité inhabituelle s’était abattue sur la salle des profs. On s’étonnait, on s’indignait, riait même de la situation incongrue et incroyable.
-         Non, t’es sûr ? entendait-on.
-         Oui, je te jure ! Ca s’est passé tout à l‘heure.
-         Mais qu’est-ce qui lui a pris ?
-         C’était avec la petite Denise !
-          Haaaaaaaaaaaan !
 
J’allai moi aussi aux nouvelles.
Marc, le prof modèle, avait giflé une élève. Une petite peste qui ne respectait ni père, ni mère, ni personne d’autre. Elle l’avait provoqué tant et si bien qu’elle était parvenue à mettre ses nerfs, que d’ordinaire il contrôlait si bien, à rude épreuve. Pour finir, Denise la rebelle l’avait traité de « gros pédé », laissant la classe stupéfaite. Grondant d’une colère retenue, Marc tança la jeune fille et s’apprêtait à l’exclure de classe quand, le regardant droit dans les yeux, elle répéta : « Gros pédé ».
Dans les yeux de la petite brillait cette flamme de défi, et son sourire s’épanouissait avec la certitude de sortir indemne de l’épreuve de force. Marc, qui avait toujours respecté chacun de ses élèves ; Marc qui était la modération et la retenue mêmes ; Marc, le dernier à qui j’aurais prêté une quelconque intention violente, a fortiori envers l’une de nos ouailles ; Marc leva alors la main et, avec trois doigts furieux, atteignit le visage de l’impudente. Gifle symbolique mais scandaleuse qui mit l’établissement en émoi.
 
Je ne m’en remettais pas. Marc avait frappé un élève ? Marc ?
 
Bien entendu, il fut convoqué par le chef d’établissement et l’élève elle aussi réprimandée. Les parents de Denise, loin de s’émouvoir de la claque reçue par leur adolescente, s’offusquèrent surtout de l’attitude qui l’avait motivée. D’autres, dans la même situation, rompent le dialogue et traduisent l’enseignant fautif devant la justice, compromettant carrière et réputation sans sourciller. Ni se remettre en question.
Bien sûr, le prof, être chargé de savoir et –on l’espère de plus en plus, on y croit de moins en moins- de sagesse, devrait être au-dessus d’instincts brutaux indignes de sa fonction. Bien sûr. Toutefois, on l’oublie trop, il reste un être humain riche de ses qualités mais non exempt de fêlures. Quand il est équilibré et supporte stoïquement brimades et provocations de gamins mal élevés tout en continuant d’enseigner, on ne le loue jamais. S’il faillit, en revanche, qu’il ne parvient pas par la magie de sa seule présence à imposer le respect dans ses classes, tandis que la hiérarchie l’abandonne à ses difficultés et les parents lui délèguent l’éducation de leurs enfants, on le lynche.
 
Oui, vraiment, de par les avantages fantastiques qu’il procure et la reconnaissance sociale qu’il inspire, prof, c’est vraiment le plus beau métier du monde.
par Jo publié dans : Le plus beau métier du monde communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 1 février 2008

Après son déménagement, Sophie se mit en tête d’avoir un animal. Une petite bête affectueuse qui lui apporterait la tendresse dont elle avait besoin, qui l’aimerait de manière inconditionnelle, une présence rassurante et fidèle pour remplir le quotidien.
Et voilà Sophie qui passe en revue les différents types de bestioles domestiques afin de trouver le compagnon à poils idéal.
-         Tu ne veux pas prendre un chat ? lui demandai-je.
-         Naaaaaaaaaaaaan, j’sais pas tu vois, un chat ça laisse des poils, et puis faut changer la litière tu vois. Ah nan hein, tut-tût-tût, fit-elle en claquant sa langue, pas de chat, non.
 
Et là voilà repartie dans les doutes générés par ce choix fondamental. Après avoir tourné et retourné maintes fois l’épineux problème dans sa tête, elle opta pour un chien. « Mais un petit, hein ? Comme ça c’est mignon, ça vient te voir le matin, ça dit bonjour… ».
Ravie, Sophie ajouta : « Je me demande quelle marque je vais choisir ? ». Elle leva les yeux vers le ciel comme si elle en attendait une réponse. Les cieux demeurèrent silencieux.
J’imaginai un instant Sophie affublée d’un chien, sans nul doute un yorkshire ou un caniche qu’elle accessoiriserait avec le plus grand ridicule, et je me sentis soudain l’âme d’une fervente militante de la SPA.
-         Sophie, réfléchis bien, il y a aussi beaucoup de contraintes, sermonnai-je.
Elle posa sur moi ses deux immenses yeux bleus.
-         Ah … ?  fit-elle.
-         Eh bien, il faut les sortir, au moins trois fois par jour, même s’il fait froid, même s’il pleut, même si on est en retard le matin ou crevé le soir… Bref ça peut être chiant.
-         Hein ? s’écria-t-elle, incrédule.
 
Elle continua à scruter mon visage pour y déceler une quelconque volonté de plaisanter. Sûre d’elle, Sophie esquissait déjà le sourire qui ne demandait qu’à éclore en éclat de rire franc à la révélation de la blague. Mon air sérieux la déstabilisa.
-         Naaaaaan, arrête ! Tu crois ?
-         Ben évidemment ! Un chien ça se sort, enfin … !
 
La déception la plus cruelle s’empara de Sophie. Un instant, je crus qu’elle allait se mettre à pleurer. Toutefois, elle se ressaisit. Retrouvant son air jovial, désolée du manque de perspicacité et de la méconnaissance des mœurs canines dont je faisais preuve, elle conclut avec un claquement de langue réprobateur :
-         Tû-tû-tût ! Mais naaaaaaaaaaaaaan ! Moi, c’est un chien d’appartement que je veux ! 



chien-d-appartement.jpg
 


Il est probable qu’elle cherche encore ce modèle.
par Jo publié dans : autrui communauté : L'écriture dans tous ses états
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