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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

Evidence ...

 

 

« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

Mardi 25 mars 2008

 













Si tu es là, VOTE POUR MOI


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Dans une semaine, il sera trop tard.


Merci à tous ceux qui m'ont déjà accordé leur voix.

par Jo communauté : festival internet de Romans
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Lundi 24 mars 2008

Fredo était un garçon gentil. Nous avions fréquenté jadis la même école primaire mais ne nous sommes jamais côtoyés plus que ça. Tout au plus nous connaissions-nous de vue, nous saluions-nous lorsque nous nous croisions. Je l'appréciais sincèrement, parce qu'il était drôle, parce qu'il n'était ni arrogant, ni méchant, ni stupide comme les autres garçons de douze ans.
Ce dimanche-là, j'ai été ravie de le voir à la fête que les parents de Betty organisaient pour célébrer la communion de leur fille. Les adultes, tassés dans le salon, parlaient fort, riaient, buvaient, trop sans doute, et fumaient cigarette sur cigarette, nous éloignant, nous les enfants, vers les chambres situées au fond de l'appartement.
Là, seules des bribes un peu étouffées parvenaient jusqu'à nous. Nous étions à l'abri des préoccupations mortellement ennuyeuses des parents, et les savoir si absorbés dans leur conversation nous procurait un certain sentiment de liberté. Personne ne surveillait nos faits et gestes.
A onze ans, à douze ans, nous étions tout excités d'être ensemble. La journée était belle comme le sont les premiers dimanches ensoleillés de printemps, avec ces odeurs timides de fleurs à peine écloses. Nous avons joué, nous avons couru, nous avons été disputés par les adultes qui nous prièrent de faire moins de bruit. Nous nous sommes posés.

J'étais assise par terre, les bras entourant mes genoux pliés. Il devait être quatre heures, bientôt l'heure du goûter.

- Alors, qu'est-ce qu'on fait, dîtes ?  demanda une fille.

- Bah je sais pas, soupira Betty.

- On joue à Action et vérité ? proposa un convive.

- Oh non, soupirai-je.

Le désoeuvrement nous accablait et l'ennui guettait. Fredo nous fixait, l'air mystérieux, pensif, hésitant. Puis, rompant le silence qui s'était installé, il dit :

- Moi j'ai bien une idée ... Mais ...

Nous le priâmes de parler. Il refusa encore, puis céda. Ses yeux brillaient.

- Bon, c'est vous qui avez insisté, hein ...? prévint-il. Alors, voilà, j'ai besoin d'une volontaire.

Je ne sais plus comment, cela tomba sur moi. Fredo me donne ses consignes, que je suivis à la lettre. Il fallait que, debout, je me plaque contre le mur. Surtout la tête. Fredo me demanda de fermer les yeux.

- N'aie pas peur, chuchota-t-il.

Personne ne parlait. Suspendus à ses gestes, tous retenions notre souffle.

Je sentis ses mains qui se posaient sur ma gorge, de chaque coté. Sur les carotides.  Il exerça une pression qui ne me parut pas forte, pas désagréable. Les voix des parents se firent lointaines et disparurent. La respiration saccadée des enfants un peu effrayés s'éteignit à son tour.


Quand je revins à moi, j'étais par terre. Allongée. Je sursautai et demandai : « Alors ? Il s'est passé quoi ? »

- Pfff, n'importe quoi, je n'y crois pas! pesta Betty qui, furieuse pour une raison que j'ignorais, quitta la pièce avec rage.

Fredo était toujours là, entouré de tous. On me raconta que j'étais tombée, comme ça. Moi qui n'avais jamais perdu connaissance de ma vie, qui me sentais désespérément enracinée dans cette réalité sans possibilité de jamais en sortir, j'avais l'impression d'avoir vécu une espèce de rite initiatique. Quel prodige ! Fredo se tenait là, tout fier  du respect soudain qu'il inspirait, tel un chamane détenteur de secrets venus du fond des âges. Je le priai de recommencer.

Il recommença.

Plusieurs fois.

 

D'autres enfants voulurent se prêter au jeu et nous éclations de rire à chaque fois que nous les voyions tomber sur le sol avant de revenir à eux. Je ne sais pas combien de temps cela dura.
C'était un jeu anodin. On s'est bien marré, ce jour-là.


C'est plus tard, alors que j'ai à mon tour mis en pratique cette activité ô combien amusante avec des camarades, c'est plus tard, quand j'ai vu convulser l'un d'eux, que j'ai vu ses yeux se révulser, ses membres s'agiter avec la raideur de ce qui semblait être le dernier spasme, que j'ai compris que ce n'était pas un jeu. C'est encore plus tard, infiniment plus tard que j'ai appris que cela s'appelait le jeu du foulard, et que des enfants et des adolescents en mouraient chaque année. 


Quelquefois je me souviens du regard étrange de Fredo, du sentiment héroïque ressenti après avoir émergé de ma transe, de l'exaltation inconsciente face aux interdits bravés. Alors je frémis en regardant les adolescents si avides d'expériences, de leurs propres expériences, et si sourds aux enseignements que les adultes ont, un jour, tirés des leurs.




Dessin Nagy

par Jo publié dans : L'enfance communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 19 mars 2008

profsexyblog-copie-1.jpgLes années passant, Sophie la copine du lycée, la Sophie sensible à l’esthétique d’un numéro de téléphone, Sophie l’amie des animaux, Sophie l’inénarrable rencontra quelqu’un, se maria dans de rocambolesques circonstances et mit au monde deux charmants bambins.

Quand le petit dernier avait quelques mois, j’étais moi-même enceinte. Malgré des années de contacts épisodiques, nous entreprîmes de nous revoir, convaincues que la grâce de l’enfantement pourrait nous rapprocher de nouveau. C’est ainsi que je transportai mon imposante excroissance abdominale jusque chez elle.
Elle m’offrit un thé et le temps s’étiola lentement entre souvenirs, bavardages et couches culottes. Nous en vînmes à parler de mon métier. Sophie, elle, ne travaillait pas. Son commerçant de mari gagnait suffisamment bien sa vie pour assumer logement, femme et enfants.
Elle s’intéressa avec sincérité à mes difficultés et aux relations que j’entretenais avec mes élèves. Intellectuellement nourrie aux séries américaines, elle était probablement fascinée d’entendre des récits de la vraie vie. Il existe ainsi des êtres extraordinaires pour lesquels la banalité quotidienne revêt un caractère exotique.
 
« Ah ouèèèèèèèèè… !  C’est pas facile…. » commentait Sophie. Puis, s’enquérant de mes rapports avec les élèves garçons, elle me fit « Oh la la ! Heureusement que t’es pas canon ! »
 
Interloquée, je la dévisageai. Pas canon ? Pas canon ! Comment ça pas canon ?
 
 
Sophie comprit à mon expression quelle bourde elle venait de faire. Sincèrement navrée –Sophie est une fille profondément sincère-, elle entreprit de se rattraper : « Mais non ! C’est pas ce que je voulais dire … Mais bon, enfin… je veux dire… il n’y a pas des profs très belles dans ton collège ? » insista-t-elle pour bien me faire comprendre sa pensée.
 
Moi qui n’avais jamais douté de ma sublime silhouette, voilà qu’une truie qu’autrui m’assenait pareille remarque. De plus en plus mal à l’aise, Sophie se perdait en explications anxieuses tant elle était soucieuse de ne pas me vexer:
-         Mais ne le prends pas mal, hein ? Je disais ça comme ça. Tu vois, même moi, je ne me considère pas canon.


 

Il faut rencontrer au moins une Sophie au cours de son existence : cela rend philosophe.
par Jo publié dans : Au quotidien communauté : L'écriture dans tous ses états
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Lundi 17 mars 2008
C’est une séance classique de sensibilisation des élèves à la sécurité routière. Quand je vois ces adolescents qui roulent en scooter avant d’avoir l’âge requis, qui débrident leur deux-roues pour aller plus vite, qui font les guignols sur la roue arrière de leur engin sans casque ni conscience, je me dis que pour leur faire comprendre les vrais dangers de la route, il faut y aller. Carrément. Frapper fort. Et me voilà qui leur passe les pires spots, qui leur fais lire les témoignages les plus épouvantables d’accidentés amputés ou endeuillés. Ou les deux.
Mathieu, tranquille à sa place, là sur la rangée de gauche, me fixe avec des yeux bleus comme un glacier.
 
Nous parlons des dangers de l’alcool, des sorties entre amis, du port de la ceinture de sécurité. De l’âge à partir duquel les enfants peuvent voyager sans siège spécifique.
Mathieu boit mes paroles.
 
Nous nous penchons sur les statistiques, le nombre de morts, de blessés. Certains gamins posent des questions idiotes, font des plaisanteries douteuses, ricanent. Mathieu, non.
 
Nous évoquons la vitesse, le nécessaire respect du code de la route, le tragique instant où le mépris des règles fait irrémédiablement basculer une vie. Mathieu baisse les yeux.
 
Il est sympa, Mathieu. Il a quelques années de retard, et on sent chez lui une maturité grave qui déstabilise un peu. Il n’aime pas l’école. Refuse de travailler malgré l’intelligence perceptible sous la couverture de paresse qu’il revêt quotidiennement.
Mathieu est arrivé en cours d’année, sans que l’on sache bien pourquoi. Je lui ai demandé le nom de son ancien collège, il m’a répondu avec politesse, m’a montré ses cahiers. En classe, il prend ses cours, rigole un peu avec les copains mais reste généralement sérieux. Un élève au comportement tout à fait correct. Sauf qu’il ne travaille pas.
Il sait pourtant ce qu’il veut faire. Il souhaite exercer le métier de lapidaire. Rien que le nom fait glousser ses camarades.
-         Ouoooooooh l’autre, hèèèèèèèèèèèèèèèè ! C’est quoi ce métier tout pourri ? s’est moqué Abdel.
-         C’est un boulot de bâtard, ça ! Comment tu dis ? Lapédé ? s’esclaffe Maxime.
 
Lui, il laisse glisser. Il trouve ça beau, au contraire, manipuler les pierres précieuses, tailler les joyaux que la nature offre généreusement et en faire des bijoux à la beauté sublime. Au fond de lui, Mathieu est un poète. Il est sensible au beau et son caractère déjà affirmé lui permet d’assumer des choix qui semblent, aux yeux de ses pairs, relever de la science-fiction. Mathieu a un rêve qu’il regarde s’envoler hors de sa portée, faute de travail.
 
J’ai tout de suite remarqué ses yeux froids comme un iceberg. Il contemple le monde en retenant ses émotions derrière ce voile gelé. Il parvient pourtant à être aimable. Ce garçon est un mystère.  Et aujourd’hui, son iris semble un peu plus bleu, un peu plus chaud, sa pupille scintille d’une vie qu’on n’imaginait pas y trouver, et cette intensité me déroute. Me dérangerait presque. Prise dans ma leçon, je continue à prêcher la prudence. De temps en temps, un coup d’œil à ma gauche me scotche de nouveau.
 
Lorsque la sonnerie a retenti, que les élèves étaient déjà partis, je me suis assise pour trier quelques documents. Et, au milieu de ma tâche insipide, dans un sursaut, je sentis mon cœur se serrer à mesure que je réalisais. Comment avais-je pu ne pas prendre en considération cela ? Pourquoi n’y avais-je plus pensé ?
Mathieu m’avait fixée comme s’il était capable de m’aspirer dans son désert glacé. Il devait trouver bien pathétiques mes efforts désespérés pour faire comprendre aux enfants que le bitume d’une route est une jungle dangereuse, lui qui quelques mois auparavant était assis aux cotés de son père, à l’avant de la voiture familiale. A la place du mort, comme on dit. Lui qui, lors d’un trajet banal, avait vécu un accident comme ceux que j’évoquais. Lui qui s’en était miraculeusement sorti indemne. Qui n’avait jamais perdu connaissance malgré la violence du choc. Lui qui avait tout vu.
J’imagine quels flashs éblouissaient ce regard ordinairement éteint pour que tant de lumière l’ait soudainement transformé. Cette luminosité nouvelle que j’ai prise pour de l’intérêt, comme si l’intérêt pouvait être confondu avec la souffrance.
Il avait même observé consciencieusement le tableau de statistiques des morts de l’année passée, sans sourciller, sans rien laisser paraître. Lui qui revoyait, derrière l’anonymat des chiffres, le cadavre de son père.
par Jo publié dans : Le plus beau métier du monde communauté : L'écriture dans tous ses états
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Lundi 10 mars 2008

Jeune prof débutante, je fus amenée à faire un stage dans un grand lycée de la région. Avec mes jeunes collègues, nous nous étions donné rendez-vous devant l’établissement, afin de nous présenter ensemble au bureau de la proviseure.

Au complet, notre petite troupe se retrouva donc accueillie dans un chaleureux bureau aux couleurs chatoyantes. Le tapis, les tapisseries, la couleur fauve des meubles en bois, tout était en accord avec cette impression de chaleur un peu brûlante perçue dès notre arrivée.
La femme qui nous accueillit avait une allure stricte : la jupe droite, la veste infâme, le cheveu fade. Sans doute essayait-elle, par ce décor bouillant, de compenser son effroyable froideur.
« Bonjour ! » s’exclama-t-elle en serrant tour à tour les mains des petits jeunots. Sa poigne était ferme, presque brutale.
 
« Alors… Je suis la proviseure de ce lycée, dans lequel je vous souhaite la bienvenue. Je vais vous le présenter rapidement et vous laisser ensuite le découvrir par vous-mêmes ».
 
Elle se mit à nous réciter sa fiche : date de construction, historique complet, cadre agréable avec le magnifique parc arboré. Elle cita les effectifs, le taux de réussite au bac qui la remplissait d’une ostensible fierté, évoqua le profil des élèves.
Le lycée accueillait beaucoup d’enfants dont les parents avaient des métiers importants : ambassadeurs, artistes, chefs d’entreprise. Des activités professionnelles si captivantes qu’elles les empêchaient de s’occuper de leur encombrante progéniture. Comme le lycée était aussi un internat, c’était bien pratique : on pouvait sans culpabilité aucune laisser les rejetons aux bons soins de l’éducation nationale pendant que l’on parcourait la planète, de dîners d’affaires en soirées mondaines. D’ailleurs, de l’aveu de l’infirmière qui nous accueillit un peu plus tard, ces adolescents allaient très mal. C’est trop dur d’être un gosse de riches. Comment se construire alors que ses parents confondent amour et argent ? Les pauvres petits souffraient de l’absence que compensaient trop mal mille cadeaux coûteux. L’argent et le bonheur ne vont pas de pair. Ca fait réfléchir.
A ce propos, il faudrait que je songe à raisonner Ahmed, le petit dur de ma classe de cinquième, la prochaine fois qu’il se retrouvera au poste pour avoir cramé la voiture de son voisin ou caillassé le fourgon de police qui patrouillait dans le quartier. Enfin, Ahmed, de quoi te plains-tu ? Regarde un peu, toi tu as un père. Il est là, il vient te chercher au commissariat quand tu fais une connerie ! T’as vu comme il est présent ? Tu as même le droit à une beigne bien sentie au moment où il te récupère, à laquelle s’ajoutent quelques coups de ceinture, une fois rentré à la maison. C'est pas bien, dis, un père qui s’occupe de toi ? Parce qu’il y a des gamins qui n’ont rien de tout ça, tu te rends compte ?  Imagine si tu avais des parents qui se contentaient de te payer tout ce que tu veux ? Ah, ces jeunes, ils ne savent plus apprécier ce qu’ils ont. Non, mais vraiment …
 
 
Il y avait des problèmes, donc. Pourtant, en apparence, le lycée offrait une vitrine parfaite. La proviseure conclut sa présentation élogieuse avec un sourire qui se voulait suave mais que je trouvai carnassier. Elle ajouta, alors que nous nous apprêtions à prendre congé :
-         Vous verrez, ici, c’est calme : la population n’est pas très … hum… colorée.
 
Mon regard perplexe croisa celui, tout aussi décontenancé, d’un collègue stagiaire. Personne ne releva cette stupéfiante remarque.
-         Oui, c’est vrai, il n’y a pas beaucoup d’immigration, poursuivait-elle dans un souci de clarté. Pas d’immigration, pas de problèmes !
 
 
 
 
Effarés par un slogan aussi simpliste qu’insupportable, nous passâmes le reste de la journée à compter, en nous esclaffant, les rares basanés qui, sans doute tombés de leur cocotier, s’étaient échoués sur cet îlot du savoir et de la civilisation.
 
Dans un monde sans couleurs, il faut savoir apporter sa contribution en riant jaune.
par Jo publié dans : Le plus beau métier du monde communauté : L'écriture dans tous ses états
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