Lundi 9 juillet 2007

"Métamorphose", Maria-Luise Bodirsky
Il y a des gens qui regrettent le temps d’avant.
J’en connais qui confrontent la réalité avec leurs aspirations d’antan, qui se regardent au présent avec les yeux du
passé.
Il y a des gens qui s’accrochent au futur dont ils rêvaient jadis, et imaginent comment ils pourraient, à l’avenir,
s’extraire de contraintes trop présentes.
Je connais des gens qui croient que changer c’est se perdre.
Je connais des gens qui croient que changer c’est se renier, s’oublier.
Je connais des gens qui pensent que changer, c’est trahir.
Ils voient le temps défiler et leur ancre a cédé. Les voilà emportés dans un grand voyage, eux qui auraient voulu rester au
port un peu plus longtemps. Choisir une autre destination, peut-être. Voir d’autres paysages.
Autour d’eux, les lieux, les personnes : tout est familier avec un parfum différent. Eux-mêmes se regardent comme un
arbre qui aurait la même écorce mais plus la même sève.
Je connais des gens qui regardent fuir les ans sans les voir passer, au lieu de les vivre sans trop les
compter.
Ils ne comprennent qu’ils ont changé que lorsqu’ils constatent, stupéfaits, des changements similaires chez les autres.
C’est terrifiant, ce reflet que vous impose autrui : la même vie rangée quand on aspirait à la dissidence, les mêmes platitudes alors que l’on méprise la banalité. Accepter cela, c’est
forcément se résigner à changer.
Il y a des gens qui croient que changer, c’est renoncer.
Ils ont raison.
Changer, c’est mourir un peu. C’est faire le deuil d’un autre soi.
Changer, c’est juste nécessaire pour accompagner sa propre vie. Une vie qui glissera, avec ou sans vous. Malgré
vous.
Mieux vaut ne pas la laisser filer.
par Jo
publié dans :
autrui
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L'écriture dans tous ses états
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