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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

Evidence ...

 

 

« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

Lundi 22 octobre 2007

Monique est une collègue plutôt sympa. C’est vrai, au premier abord, elle ne lance pas de vacheries, elle n’est pas méprisante, pas désagréable.
Monique a cependant une voix geignarde. Elle parle des élèves, s’éternise pour une information qui, concise, prendrait deux minutes à peine. D’aucuns disent d’elle qu’« elle est tellement gentille ! ». Mais ce que j’en dis, moi, c’est que Monique est chiante. Chiante à pleurer.
 
L’autre jour nous discutions en salle des profs. Elle était venue me voir spécialement pour me commenter en long, en large et en travers un papier suffisamment explicite par lui-même qu’il lui suffisait de glisser dans mon casier. Et la voilà qui s’installe. La voilà qui pérore.
Je l’écoute d’une oreille distraite en faisant « hum hum » en guise d’assentiment, tout en jetant une œillade déprimée sur le paquet de copies que j’avais prévu de corriger, et qui attendra que je le reprenne à la maison –où j’avais prévu bien d’autres activités.
« Alors, alors… Ah oui, Kévin ! »  s’exclame Monique.
-        Kévin Durand ?demande une collègue en citant un patronyme d’élève.
-         Non, pas lui, Kévin Laporte,rectifie  Monique. Mais Kévin Durand, je le connais aussi, c’est vrai qu’il n’est pas facile, lui non plus.
-        Ah oui, renchérit une troisième, je l’avais en classe l’année dernière. Et il y a Kévin Leblanc. qui est également agité.
 
Gloussement de toute l’assemblée. Monique, soudain grisée d’être au centre de l’attention, s’emballe :
«  Ah, c’est dingue, les Kévin, quand même ! Ils ne sont pas faciles, hein ? Ma cousine a un petit Kévin de trois ans, et lui aussi il est terrible ! C’est vrai, hein… ! Kévin Durand, Kévin Laporte,  Kévin Leblanc … » énumère-t-elle.
 
Monique en était encore à citer Kévin Leblanc. qu’Adrienne, sur le même ton que Monique, enchaîna malicieusement : « Kévin Costner.... »
 
Monique leva juste un sourcil interrogateur.
-        Ah … ? fit-elle, je ne le connais pas celui-là.
 
 
 
 
 
Les Kévin sont des loups féroces.
par Jo publié dans : Le plus beau métier du monde communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 20 octobre 2007
le papa de Timéo, et mon amour
Timéo avait deux ans et demi. Il avait une maman jeune, belle, douce et aimante, un papa très fort qui pouvait le monter très haut dans les airs avec ses bras, une grande sœur jolie comme un cœur. Sa chambre était celle d’un petit garçon ordinaire, avec une housse de couette à l’effigie des héros des petits et des peluches un peu partout.
Les photos qui témoignent de ce bonheur qui, pour être ordinaire, n’en est pas moins intense, je les ai vues. Je les ai regardées avec une certaine incrédulité.
 
Et l’incrédulité fait place à la colère.
Timéo avait deux ans et demi.
 
Il avait deux ans et demi et ce mardi-là, il était allé avec sa maman, nounou elle-même, dans le Relais assistantes maternelles de sa commune. Dans ce genre d’endroit, il y a plein de jouets, de tapis épais, de piscines à balles, de tricycles. C’est le paradis des bébés. Les nounous et les enfants qu’elles gardent s’y retrouvent pour passer un bon moment. Ce matin d’avril, ils ont préparé et peint des boîtes pour Pâques. De jolies boîtes avec des œufs dedans.
Puis ils sont sortis, comme d’habitude. Ont marché sur le trottoir.
 
Comme au bord de centaines de milliers (de millions ?) de trottoirs, des voitures sont garées. Ici, elles étaient stationnées en épi, l’avant ou l’arrière tourné vers les passants, selon l’envie ou la dextérité du conducteur. En fonction du hasard, peut-être.
Timéo avait deux ans et demi et il tenait la main de sa maman. Les petits qu’elle gardait étaient là, eux aussi.
 
Ils ont bien vu cette voiture qui était arrêtée, avec cet homme qui semblait attendre quelqu’un. D’ailleurs les enfants lui ont dit « Bonjour ! » avec cette innocence et cet entrain propres aux âmes juvéniles. Et ils sont passés.
Au moment où le petit groupe passa derrière le véhicule, celui-ci partit avec une extraordinaire violence en marche arrière. Le trottoir n’était qu’un mince obstacle qu’il franchit sans peine. L’escaladant, il fonça droit sur le mur où il alla buter, avant de s’immobiliser.
Cela n’a duré qu’une seconde ou deux, guère plus. Une seconde ou deux seulement, et la voiture garée un instant auparavant était maintenant encastrée contre le mur de la maison.
Entre le mur et l’engin, il y avait Timéo.
 
Elle a hurlé, la mère désespérée, tambouriné si fort sur la tôle qu’elle s’est sans doute senti la force de pouvoir la fendre à mains nues. A moins qu’elle n’ait juste subi son impuissance. La personne âgée qui conduisait n’a pas avancé tout de suite. Il a fallu qu’on aille crier, hurler, supplier à sa portière pour qu’elle réagisse enfin.
Timéo s’est effondré aussitôt. Sa maman si digne malgré son effroyable douleur raconte comme il était beau avec son air endormi. Comme elle était incapable d’imaginer qu’il pouvait être mort. Elle demandait que l’on appelle les pompiers. Les hurlements qu’elle a poussés, on les entendrait presque rien qu’à regarder les photos du bonheur.
 
Timéo avait deux ans et demi. Il marchait sur un trottoir pour rentrer chez lui. Il donnait la main à sa mère.
 
Il est mort un matin d’avril.
 
 
 
Les parents de Timéo ont ouvert un blog où ils racontent leur histoire et leur terrible deuil. Ils recueillent actuellement des signatures pour leur pétition. Celle-ci réclame un meilleur contrôle des automobilistes et de leur capacité à conduire, en particulier après soixante ans. Le conducteur de la voiture qui a tué Timéo était âgé, et dans l'attente du procès qui devrait avoir lieu en décembre prochain, il continue à prendre librement le volant.
Les parents seront reçus à l’Elysée au mois de novembre pour la soumettre. J’invite donc chacun à la signer ICI pour soutenir cette famille meurtrie et éviter qu’un drame si absurde puisse se reproduire.
 
 

 

par Jo publié dans : autrui communauté : L'écriture dans tous ses états
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Lundi 1 octobre 2007
Lecteurs réguliers de ce blog, il est possible qu’à travers les multiples récits ici publiés, vous ayez une image bien précise de ce que je suis. Les gens que j’ai rencontrés, le regard que je porte sur eux, la manière même dont je rapporte telle ou telle aventure, le choix que je fais de mettre en lumière certains aspects de la vie plutôt que d’autres, tout cela n’a pu vous échapper.
Il se peut que moi-même je considère sans aménité tel ou tel travers observé chez autrui. Il se peut que, blogueuse toute puissante, j’aspire avec un certain vampirisme la sève de l’autre pour m’en nourrir et la donner en pâture à qui voudra bien se perdre sur cette page encore bien anonyme malgré son statut public.
Il se peut que nous soyons tous prompts à juger nos pairs sur ce qu’ils nous donnent à voir.
 
En cherchant dans mon catalogue autruistique, je trouverais bien une dizaine d’histoires pour illustrer mon propos. Combien de fois ai-je discuté avec des gens qui n’étaient pas d’accord avec moi et qui ont trouvé mes propos scandaleux, qui n’ont pas aimé ma manière de m’exprimer, la façon dont je battais des paupières, le fait que je sourie, ou que je m’abstienne de sourire… Et tant d’autres choses.
Evidemment, tout cela est constitutif des rapports humains : on s’entend avec Machin, on déteste Trucmuche, on ne sait pas trop si on apprécie la jeune Niaisie qui bosse avec nous, alors qu’on adore Supercopine qui nous fait tant marrer. On sait qu’on n’accroche pas trop avec Congélator, le mec de notre grande amie Christelle. Si on nous demande de nous expliquer sur ces ressentis très personnels, nous saurons généralement argumenter. Trucmuche est comme ci, Congélator est comme ça, Niaisie n’est rien du tout. Ce sont des raisons valables, mais au fond, au fond, il y a cette chose, cette chose fondamentale : ils ne sont pas comme nous.
 
Ne pas se reconnaître en l’autre serait-il la base même de nos inimitiés ? Probablement. La question que je me pose néanmoins est : où se situe la limite entre la différence (qui mène au désaccord) et le jugement  de l’autre? 
 
Il m’a été donné d’assister à une scène étonnante, voici quelques mois.
Un week-end entre amis. Tous en couple, tous flanqués de marmots bruyants. Tous avec différentes conceptions de l’éducation, et des réactions bien distinctes face à l’attitude des gnomes excités.
Arriva un moment où, au cours de la soirée, l’ambiance fut propice aux confidences. Chacun y alla de son enfance, de ses souvenirs joyeux. Ou douloureux. Ce qui touche à la fois à l’enfance et à la douleur nous renvoie parfois à nos relations avec nos parents, à nos frustrations d’enfant souvent constitutives d’un trait de notre personnalité. C’est ce qu’expliquait Corinne à Gérard, toute meurtrie par le fait de se replonger dans de pénibles réminiscences. Corinne avait été une enfant battue par un père hargneux, et profitait de cette ambiance amicale pour se plaindre et se faire plaindre. Gérard lui parut une oreille attentive, aussi poursuivit-elle son auto-analyse improvisée.
Soudain, Gérard l’interrompit.
-         Ben moi, je trouve que tu es trop «  protectionniste » avec ton fils.
L’objet du dialogue étant autre, Corinne ne comprit pas pourquoi Gérard la renvoyait subitement aux relations qu’elle entretenait avec son jeune enfant. Aussi chercha-t-elle à comprendre.
-         Mais pourquoi dis-tu ça ? En quoi suis-je trop protectrice avec lui ? s’enquit-elle.
-         Bah chais pas. J’ai constaté, c’est tout.
-         Certes, insista Corinne. Mais tu dois avoir une raison, un exemple précis qui t’ait fait penser une chose pareille… ?
-         Mais non, je te dis, je me souviens pas ! Qu’est-ce que tu me demandes, toi, de te citer des trucs qui ont eu lieu il y a un ou deux ans !
 
Les deux tournèrent en rond quelques minutes dans ce dialogue stérile jusqu’à ce que Gérard y mette un terme. Irrité, la face rougeaude, il partit en rugissant que Corinne l’avait agressé, le dévisageant d’un regard trop noir pour être aimable, et lui posant des questions trop embarrassantes pour qui n’a pas de réponses. Et qu’on ne lui en reparle plus, hein ! Fin-de-la-con-ver-sa-tion. Ouais.
 
Cet épisode, qui peut sembler insignifiant, a non seulement sonné le glas d’une amitié de façade mais il a aussi mis en exergue cette évidence à la base même de toute relation humaine : autrui est un autre. Un autre avec ses idées, son regard, ses interrogations autres. Avec ses défauts. Avec un mode de vie qu’il est ridicule de remettre en cause quand notre avis n’est pas sollicité, surtout quand l’autre, par respect, par décence ou par lucidité, n’a jamais émis d’opinion sur ce qui constitue les bases de notre existence.
 
Autrui est un autre.
 
Et pour rien au monde je ne voudrais être autrui.
par Jo publié dans : autrui communauté : L'écriture dans tous ses états
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