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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

1 octobre 2007 1 01 /10 /octobre /2007 11:28
Lecteurs réguliers de ce blog, il est possible qu’à travers les multiples récits ici publiés, vous ayez une image bien précise de ce que je suis. Les gens que j’ai rencontrés, le regard que je porte sur eux, la manière même dont je rapporte telle ou telle aventure, le choix que je fais de mettre en lumière certains aspects de la vie plutôt que d’autres, tout cela n’a pu vous échapper.
Il se peut que moi-même je considère sans aménité tel ou tel travers observé chez autrui. Il se peut que, blogueuse toute puissante, j’aspire avec un certain vampirisme la sève de l’autre pour m’en nourrir et la donner en pâture à qui voudra bien se perdre sur cette page encore bien anonyme malgré son statut public.
Il se peut que nous soyons tous prompts à juger nos pairs sur ce qu’ils nous donnent à voir.
 
En cherchant dans mon catalogue autruistique, je trouverais bien une dizaine d’histoires pour illustrer mon propos. Combien de fois ai-je discuté avec des gens qui n’étaient pas d’accord avec moi et qui ont trouvé mes propos scandaleux, qui n’ont pas aimé ma manière de m’exprimer, la façon dont je battais des paupières, le fait que je sourie, ou que je m’abstienne de sourire… Et tant d’autres choses.
Evidemment, tout cela est constitutif des rapports humains : on s’entend avec Machin, on déteste Trucmuche, on ne sait pas trop si on apprécie la jeune Niaisie qui bosse avec nous, alors qu’on adore Supercopine qui nous fait tant marrer. On sait qu’on n’accroche pas trop avec Congélator, le mec de notre grande amie Christelle. Si on nous demande de nous expliquer sur ces ressentis très personnels, nous saurons généralement argumenter. Trucmuche est comme ci, Congélator est comme ça, Niaisie n’est rien du tout. Ce sont des raisons valables, mais au fond, au fond, il y a cette chose, cette chose fondamentale : ils ne sont pas comme nous.
 
Ne pas se reconnaître en l’autre serait-il la base même de nos inimitiés ? Probablement. La question que je me pose néanmoins est : où se situe la limite entre la différence (qui mène au désaccord) et le jugement  de l’autre? 
 
Il m’a été donné d’assister à une scène étonnante, voici quelques mois.
Un week-end entre amis. Tous en couple, tous flanqués de marmots bruyants. Tous avec différentes conceptions de l’éducation, et des réactions bien distinctes face à l’attitude des gnomes excités.
Arriva un moment où, au cours de la soirée, l’ambiance fut propice aux confidences. Chacun y alla de son enfance, de ses souvenirs joyeux. Ou douloureux. Ce qui touche à la fois à l’enfance et à la douleur nous renvoie parfois à nos relations avec nos parents, à nos frustrations d’enfant souvent constitutives d’un trait de notre personnalité. C’est ce qu’expliquait Corinne à Gérard, toute meurtrie par le fait de se replonger dans de pénibles réminiscences. Corinne avait été une enfant battue par un père hargneux, et profitait de cette ambiance amicale pour se plaindre et se faire plaindre. Gérard lui parut une oreille attentive, aussi poursuivit-elle son auto-analyse improvisée.
Soudain, Gérard l’interrompit.
-         Ben moi, je trouve que tu es trop «  protectionniste » avec ton fils.
L’objet du dialogue étant autre, Corinne ne comprit pas pourquoi Gérard la renvoyait subitement aux relations qu’elle entretenait avec son jeune enfant. Aussi chercha-t-elle à comprendre.
-         Mais pourquoi dis-tu ça ? En quoi suis-je trop protectrice avec lui ? s’enquit-elle.
-         Bah chais pas. J’ai constaté, c’est tout.
-         Certes, insista Corinne. Mais tu dois avoir une raison, un exemple précis qui t’ait fait penser une chose pareille… ?
-         Mais non, je te dis, je me souviens pas ! Qu’est-ce que tu me demandes, toi, de te citer des trucs qui ont eu lieu il y a un ou deux ans !
 
Les deux tournèrent en rond quelques minutes dans ce dialogue stérile jusqu’à ce que Gérard y mette un terme. Irrité, la face rougeaude, il partit en rugissant que Corinne l’avait agressé, le dévisageant d’un regard trop noir pour être aimable, et lui posant des questions trop embarrassantes pour qui n’a pas de réponses. Et qu’on ne lui en reparle plus, hein ! Fin-de-la-con-ver-sa-tion. Ouais.
 
Cet épisode, qui peut sembler insignifiant, a non seulement sonné le glas d’une amitié de façade mais il a aussi mis en exergue cette évidence à la base même de toute relation humaine : autrui est un autre. Un autre avec ses idées, son regard, ses interrogations autres. Avec ses défauts. Avec un mode de vie qu’il est ridicule de remettre en cause quand notre avis n’est pas sollicité, surtout quand l’autre, par respect, par décence ou par lucidité, n’a jamais émis d’opinion sur ce qui constitue les bases de notre existence.
 
Autrui est un autre.
 
Et pour rien au monde je ne voudrais être autrui.

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Published by Jo - dans autrui
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commentaires

Jane 01/03/2010 09:32


ma psy m'a demandé pourquoi je n'aimais pas ma belle-soeur.
reponse : elle n'est pas comme moi
trop fort.


Jo 01/11/2007 23:03

Erratum (mieux vaut tard que jamais !): dans ma réponse groupée j'ai fait un beau lapsus en écrivant "quant à la vie donné sur la vie d'autrui"... Il fallait bien évidemment lire "quant à l'avis donné" etc... 

Jo 01/11/2007 22:47

Merci Xis et bienvenue !

Xis 30/10/2007 23:44

Bonsoir Jo Félicitation pour ton blog que je viens de découvrir en cherchant des blog anti nombrilique qui parlent des AUTRES. Sinon sur le post ben je pense qu'autrui est un autre (je crois même que c'est la définition du mot), que sans les autres tu n'existe pas, c'est donc un autre nécessaire, et j'ajouterai que c'est une personne douée d'humanité et de rationnalités comme tous les humains et par conséquent accessible mais il est différent.

Muad' Dib 20/10/2007 09:56

Bonjour Jo,  bonne journée et bises,