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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 12:18
Faîtes du sport, qu’ils disent à la télé. Manger-bouger.
Les premières fois que le message a été diffusé, je n’ai pu m’empêcher de sourire de la naïveté des dispensateurs de bonne parole. Croyaient-ils que le peuple était un gigantesque pantin dont il suffisait de tirer quelques fils pour le voir s’articuler de la manière souhaitée ?
Et puis, à force d’être martelé avec insistance, le slogan est devenu credo. C’est ainsi que le dimanche matin, qu’il pleuve, qu’il tempête ou qu’il gèle, la populace s’en va actionner ses muscles à la piscine municipale.
 
Ca grouille dans le bassin comme les naufragés du Titanic dans l’Atlantique Nord. Et ça tend les bras, et ça bat des jambes. Certains boivent la tasse, d’autres nagent fièrement, arborant maillot griffé et lunettes étanches. Quelques téméraires adeptes du dos crawlé  vont immanquablement buter sur une mémé flottant comme une tortue au point mort, manquent de la noyer sous la violence du choc qui la destabilise avant de repartir sans même avoir marmonné un mot d’excuse.
Des adolescents sautent sans se soucier des nageurs évoluant sous l’eau auxquels ils manquent de fracasser la nuque, des enfants grelottent en tentant d’avancer sous les encouragements bienveillants ou agacés de leurs parents. Des femmes enceintes cherchent l’apesanteur pour oublier un instant leurs difficultés à se mouvoir en milieu terrestre.
Et ce bruit … ! Ca crie, ça résonne, ça emplit ma tête comme un vrombissement de marteau-piqueur nocturne.
 
Même pas peur. Résolue à avoir la meilleure des hygiènes de vie, rêvant à ce corps svelte et divinement musclé qui sera la récompense de mes efforts physiques tout comme de ma capacité à me mêler à la foule, je mets mes lunettes, ajuste mon bonnet, et m’immerge dans le liquide chloré. Voilà, je nage. Très vite, des pieds me font obstacle. Un coup d’œil bref à ma gauche, et je double avec assurance. Pour me retrouver aussitôt face à un bolide humain crawlant comme un boxeur, pas gêné du tout de me trouver sur son chemin. Terrorisée, j’entreprends de me rabattre, mais trop tard : le chauffard aquatique m’envoie valser d’un coup de palme et poursuit sa route sans même se retourner.
A bout de souffle, j’achevai enfin ma première longueur, auxquelles les suivantes devaient ressembler. J’étais là à pester intérieurement sur tous ces abrutis qui venaient polluer la piscine quand j’aspirai à l’avoir pour moi seule lorsqu'une une dame m’interpella.
- Il y a du monde, hein ?
- Ah oui, ça oui ! m’exclamai-je.
- C’est dingue, je n’imaginais pas que de bon matin, un dimanche, il y aurait foule comme ça, poursuivit-elle.
 
Soudain, je vis un gros fil sur son visage. Il dut la gêner car d’un mouvement de la main, elle entreprit de le retirer. Je le vis alors s’étendre puis, faisant preuve d’une extraordinaire élasticité, reprendre sa place initiale. Un peu intriguée, je remontai mes lunettes embuées sur le front, afin d’avoir une meilleure visibilité du phénomène.
La dame continuait à décrire la surpopulation de la piscine municipale et à s’en plaindre tout en essayant de se débarrasser de qui s’avéra être, après examen attentif et épouvanté, un filet de morve. Gros comme un spaghetti en fin de cuisson, il descendait de son nez pour terminer sa course sur son menton. Elle s’essuyait, reniflait, mais il était toujours là, trempant dans l’eau tandis que des dizaines de personnes nageaient autour, enfouissant leur visage, leurs narines et leur bouche dans ce bain de mucosités auxquelles ils contribuaient certainement.
Mon regard se posa de nouveau sur la femme à l’écoulement nasal : son visage était désormais net. Elle souriait. Puis elle repartit nager. Je demeurai là un instant, à fixer l’eau à la recherche d’une trace quelconque des déjections corporelles qu’elle achevait de semer. C’était indétectable, indétectable comme la sueur, comme les litres d’urine, et pourtant c’était .
 
Non que je sois contre les valeurs du partage mais en vérité je vous le dis, nager dans l’infusion des sécrétions d’autrui me rend la sédentarité bien séduisante.

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commentaires

zazou 16/11/2007 21:54

C'est pourquoi j'ai horreur de la piscine.Je n'y suis pas allée depuis des années. Et c'est très bien.

Koulou (Flégroll) 12/11/2007 21:39

bah... avec les tonnes de chlore on risque rien... d'ailleurs moi il me pique tellement les yeux et m'irrite tellement la peau que c'est ça qui me tient éloigné de la piscine plus que les quelques morves éventuelles...  

cyril 05/11/2007 11:23

hé hé, ce n'est pas pour rien que l'on met du chlore dans l'eau... et puis l'eau du robinet, même si elle est potable, il ne faut pas oublier qu'elle est déjà passé à travers plusieurs organismes, avant d'avoir été rejetée sous forme d'eau usée (je te passe les détails) et retraitée. Rien ne se perd, tout se transforme...

alaligne 04/11/2007 18:22

Jo, une aventure similaire m'est arrivée l'an dernier, mais dans le jaccuzi d'une piscine par ailleurs très sympa du val de marne. Une nana a littéralement et délibérément craché dans l'eau bouillonnante. Je suis sortie comme une fusée, l'ai copieusement engueulée, mais elle est restée dans le bain. Depuis, je n'y remets plus les pieds... et encore moins le reste... ;)

Genevi�ve GIL-MAUREL 04/11/2007 00:23

Jo, où est cette horrible piscine. La alors je suis heureuse de ne pas savoir nager, même si je nage souvent sur mon blog . Mais tu me mets l'angoisse dans le coeur car mon fils et ma belle fille qui ont deux petits diablotins de 4ans et 2ans menent le plus jeune à la piscine le lundi matin, jour reservé aux bébés nageurs. le "grand" va à l'école. J'ai lu aussi l'article qui suit. trés interressant . Je reviendrai.A bientôt