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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 11:23
Dans notre société civilisée, les bas instincts sont la plupart du temps contenus par un cadre juridique strict. Malgré les montées d’adrénaline ou les coups de sang, nous sommes une majorité à retenir nos pulsions violentes et nous ne frappons pas pour régler les conflits ; nous ne tuons pas non plus pour assouvir une soif de vengeance. Nous évitons de nous insulter. La loi du plus fort est l’apanage des sociétés archaïques : point de ça chez nous.
 
Puis vient le temps des soldes.
Les comportements subissent alors une remarquable altération. Les femelles déchaînées se ruent dans les espaces mercantiles qui deviennent pour l’occasion une jungle d’un genre nouveau. Les seules formes de communication sont le grognement hostile, la bave rageuse et le soulèvement discret –mais non moins comminatoire- de la babine supérieure afin d’éloigner l’ennemie qui aurait l’impensable outrecuidance de lorgner sur la jupe convoitée. Si tous ces signaux de dissuasion ne sont pas suivis de l’effet escompté, les femelles peuvent même délaisser le fruit de leur chasse pour s’adonner au conflit. Des chaussettes à la main, quelques cintres pendus à l’avant-bras, les autres représentantes de l’espèce deviennent spectatrices curieuses sans cesser de scruter les alentours pour repérer l’ennemi fourbe prêt à profiter de ce moment de distraction.
J’étais là, au milieu de ces amazones prédatrices, affublée d’un Fiston bien sagement endormi. Je venais d’aboyer sur une ménagère pressée qui, utilisant son corps massif comme redoutable bélier, avait manqué de pulvériser la poussette sur son passage. Toute remontée, je me dirigeai vers les caisses bondées.
Je faisais la queue tout en me méfiant des perfides créatures qui, pas après pas, coup de coude après coup de coude, essayaient de gruger quelques places quand je vis cette femme derrière moi. Elle avait l’air fatigué et un peu perdu. Ses yeux cernés regardaient dans le vague. Tantôt appuyée sur une jambe, tantôt sur l’autre, elle prenait son mal en patience comme nous toutes.
Comme toutes aussi, elle soupirait parfois en regardant sa montre. Comme toutes, elle se disait que c’était incroyable, toutes ces bonnes femmes excitées par trois morceaux de tissu et deux chiffons. Comme toutes, elle était pressée de quitter cet enfer pour retourner dans le vrai monde quadrillé de lois et d’hypocrisie. Mais à la différence des autres, elle devait supporter le poids d’un ventre proéminent.
Je m’arrêtai sur son abdomen rebondi, pleine de compassion et de tendre nostalgie. Fiston était né depuis peu et je me sentais encore concernée par l’état particulier des femmes enceintes. A l’empathie succéda l’indignation. Comment donc, personne ne l’avait vue ? Personne ne lui cédait la priorité? A la bonne heure ! Si les guenons devant moi manquaient autant de civisme, moi j’allais agir en lui proposant de passer devant moi. Ainsi, peut-être que des âmes charitables cèderaient elles aussi leur tour à cette future maman courbatue.
 
Me retournant, je m’adressai à elle avec bienveillance :
-         Voulez-vous passer devant ?
Dans un premier temps, elle ne réagit pas.
-         Voulez-vous passer devant ? répétai-je un peu plus fort.
 
Dans la file d’attente, quelques têtes se tournèrent vers nous. La femme enceinte eut comme un sursaut, comprit que je lui parlais et me jeta un regard interrogateur. Pour la troisième fois, je lui demandai si elle voulait prendre ma place pour alléger son attente. Elle me considéra sans comprendre, l’œil rond. Puis, en l’espace de quelques secondes je vis son expression passer de l’étonnement à l’hostilité. Ses sourcils se froncèrent, elle pinça les lèvres avant de me fixer avec ressentiment.
Je fus saisie d’un affreux, d’un terrible doute. Face à l’absence de réponse de sa part, je crus bon d’éclaircir la situation :
-         Vous n’êtes pas enceinte ?
 
Si elle avait pu, elle m’aurait tuée.
 
-         Ah non, pas du tout, rétorqua-t-elle sèchement.
 
 
C’est l’ironie du sort : avec de bonnes intentions, on peut parfois infliger à autrui une humiliation d’autant plus cruelle qu’elle est involontaire.

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commentaires

Jane 01/03/2010 09:56


je me rappelle d'une bonne femme comme ça. Un bide de femme enceinte à 7-8 mois et des jambes toutes sèches curieusement. On aurait vraiment pu la prendre pour une femme enceinte.


Jo 19/03/2008 20:23

Bienvenue Bphanou !  J'irai faire un tour sur ton blog un peu plus tard ...  ;-)

bphanou 19/03/2008 14:57

J'ai découvert ce blog grâce à Deedee et à nos grands moment de solitude ... J'aime beaucoup ton/votre style? Je rreviendrai!

Le primate... 21/01/2008 00:09

:0036:belle gourde bien bedonnante ! Jo sait mettre de l'ambience...

prof 16/01/2008 18:32

OUPS !!