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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 23:57

http://www.loveliformes.com/c/31-category/pull-grande-taille-.jpgIl y a quelques jours à peine, pendant que je surveillais un contrôle et rêvassais en attendant paresseusement que le temps passe, je les regardais. Tous. Ces têtes recouvertes de cheveux, longs, blonds, courts, châtains, crépus ou raides, sales ou parsemés de pellicules, ces têtes vides ou pas, ces êtres forts d’une histoire personnelle unique qui se retrouvaient embarqués dans une même aventure, le temps d’une année scolaire. Ces adolescents en construction qui, l’espace de quelques minutes, concentraient tous leurs efforts au devoir que je leur avais préparé, que ce soit pour répondre aux questions ou pour le saboter. 

 
Je passai chacun d’eux en revue, les détestables, les attachants, les rebelles, quand j’arrivai à Myriam. Du fond de la classe où j’étais tapie, je ne voyais que son dos. 
Myriam était une grosse fille un peu bête, une de ces créatures qui n’ont même pas l’intelligence pour pallier leur manque de grâce. Elle ne voyait aucun intérêt à étudier, préférant rire sottement ou feindre ponctuellement de travailler en me fixant d’un regard bovin. Son attitude négative me la rendait, la plupart du temps, extrêmement antipathique.
 
Penchée sur sa copie, Myriam faisait mine de travailler sur son devoir. Elle portait un pantalon bon marché, des tennis sales ainsi qu’un pull en coton dont la qualité médiocre était décelable au premier coup d’œil. Au niveau de sa nuque, juste au-dessus de la capuche, une immense étiquette oubliée pendouillait. On pouvait y lire le prix dérisoire et la taille immense du vêtement ainsi que le taux de rabais conséquent dont elle avait été l’heureuse bénéficiaire.
Un instant j’ai songé à l’avertir discrètement. Elle aurait rougi, sans doute bredouillé, avant d’arracher aussi vite que possible l’étiquette gênante. Peut-être même m’aurait-elle remercié. Puis j’ai imaginé Myriam se pavanant dans la cour avec sa stupide insolence, promenant partout son hideux pull tout droit sorti du magasin, et je me suis tue.
 
C’est avec un sourire non dénué d’une jubilatoire cruauté que je la regardai quitter ma salle, rejoindre ses camarades et s’exposer aux yeux de tous, l’étiquette se balançant au rythme de ses pas.

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commentaires

bedouin 06/06/2010 16:19



Hauteur de vue, générosité, maturité affective et surtout intelligence: vous faites preuve de toutes les qualités qu' on attend d' un bon enseignant. Félicitations.



Jane 01/03/2010 17:12


il faut se faire du bien desfois !!

gniark-gniark !!


balmeyer 07/02/2008 21:07

Je ne vais pas faire original, je vais juste dire excellent ! Moi aussi j'ai été froissé par le non-traitement qui tu infliges à cette pauvre fille qui n'a pas été gâtée par la vie ! Mais c'est drole, et c'est bon d'être bousculé, parfois.

Jo 01/02/2008 20:26

Loula, Ksk, bienvenue ici !LOula, la moquerie gratuite qui s'abat sur le bouc émissaire, c'est encore autre chose, et ça, ça ne me fait pas rire du tout. Après, je n'ai aucune culpabilité de ne pas aimer tous les élèves, tant que je les traite tous avec respect et équité. KSK, je pense que la clé de la sérénité dans ce boulot c'est de faire de son mieux, toujours (mais il faut la réserve d'énergie nécessaire), tout en ayant pleinement conscience qu'on ne va pas révolutionner les choses.

ksk 31/01/2008 13:50

J'ai découvert ton blog en passant chez "devine". De la subjugation de L. au Louvre à l'étiquetage de Myriam, les petites satisfactions de ce métier semble plus rares que les déceptions. Du courage et de l'opiniatreté tu en as mais je te le souhaite quand même.