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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 21:02

Jeune prof débutante, je fus amenée à faire un stage dans un grand lycée de la région. Avec mes jeunes collègues, nous nous étions donné rendez-vous devant l’établissement, afin de nous présenter ensemble au bureau de la proviseure.

Au complet, notre petite troupe se retrouva donc accueillie dans un chaleureux bureau aux couleurs chatoyantes. Le tapis, les tapisseries, la couleur fauve des meubles en bois, tout était en accord avec cette impression de chaleur un peu brûlante perçue dès notre arrivée.
La femme qui nous accueillit avait une allure stricte : la jupe droite, la veste infâme, le cheveu fade. Sans doute essayait-elle, par ce décor bouillant, de compenser son effroyable froideur.
« Bonjour ! » s’exclama-t-elle en serrant tour à tour les mains des petits jeunots. Sa poigne était ferme, presque brutale.
 
« Alors… Je suis la proviseure de ce lycée, dans lequel je vous souhaite la bienvenue. Je vais vous le présenter rapidement et vous laisser ensuite le découvrir par vous-mêmes ».
 
Elle se mit à nous réciter sa fiche : date de construction, historique complet, cadre agréable avec le magnifique parc arboré. Elle cita les effectifs, le taux de réussite au bac qui la remplissait d’une ostensible fierté, évoqua le profil des élèves.
Le lycée accueillait beaucoup d’enfants dont les parents avaient des métiers importants : ambassadeurs, artistes, chefs d’entreprise. Des activités professionnelles si captivantes qu’elles les empêchaient de s’occuper de leur encombrante progéniture. Comme le lycée était aussi un internat, c’était bien pratique : on pouvait sans culpabilité aucune laisser les rejetons aux bons soins de l’éducation nationale pendant que l’on parcourait la planète, de dîners d’affaires en soirées mondaines. D’ailleurs, de l’aveu de l’infirmière qui nous accueillit un peu plus tard, ces adolescents allaient très mal. C’est trop dur d’être un gosse de riches. Comment se construire alors que ses parents confondent amour et argent ? Les pauvres petits souffraient de l’absence que compensaient trop mal mille cadeaux coûteux. L’argent et le bonheur ne vont pas de pair. Ca fait réfléchir.
A ce propos, il faudrait que je songe à raisonner Ahmed, le petit dur de ma classe de cinquième, la prochaine fois qu’il se retrouvera au poste pour avoir cramé la voiture de son voisin ou caillassé le fourgon de police qui patrouillait dans le quartier. Enfin, Ahmed, de quoi te plains-tu ? Regarde un peu, toi tu as un père. Il est là, il vient te chercher au commissariat quand tu fais une connerie ! T’as vu comme il est présent ? Tu as même le droit à une beigne bien sentie au moment où il te récupère, à laquelle s’ajoutent quelques coups de ceinture, une fois rentré à la maison. C'est pas bien, dis, un père qui s’occupe de toi ? Parce qu’il y a des gamins qui n’ont rien de tout ça, tu te rends compte ?  Imagine si tu avais des parents qui se contentaient de te payer tout ce que tu veux ? Ah, ces jeunes, ils ne savent plus apprécier ce qu’ils ont. Non, mais vraiment …
 
 
Il y avait des problèmes, donc. Pourtant, en apparence, le lycée offrait une vitrine parfaite. La proviseure conclut sa présentation élogieuse avec un sourire qui se voulait suave mais que je trouvai carnassier. Elle ajouta, alors que nous nous apprêtions à prendre congé :
-         Vous verrez, ici, c’est calme : la population n’est pas très … hum… colorée.
 
Mon regard perplexe croisa celui, tout aussi décontenancé, d’un collègue stagiaire. Personne ne releva cette stupéfiante remarque.
-         Oui, c’est vrai, il n’y a pas beaucoup d’immigration, poursuivait-elle dans un souci de clarté. Pas d’immigration, pas de problèmes !
 
 
 
 
Effarés par un slogan aussi simpliste qu’insupportable, nous passâmes le reste de la journée à compter, en nous esclaffant, les rares basanés qui, sans doute tombés de leur cocotier, s’étaient échoués sur cet îlot du savoir et de la civilisation.
 
Dans un monde sans couleurs, il faut savoir apporter sa contribution en riant jaune.

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commentaires

Jo 02/05/2008 20:32

Bienvenue Aurélie. Et merci pour ton si gentil commentaire.

aurelie 02/05/2008 15:00

enfin un blog tout simplement sublime ! 

Jo 22/03/2008 19:12

Peut-être pas indifférent, mais sans doute pas suffisamment interpelé pour le faire savoir par un commentaire.

ksk 22/03/2008 16:57

Pourquoi indifférent ? Je pense comme MG que dans un cas comme celui là nous restons sur le c..., bouche bée en parfait crétin.
Une fois dans ton cas je réagis on me répondit que je suis susceptible. Sans doute le métissage permet d'être plus sensible, plus ouvert, mais à quel prix.
Certains jours on a pas le courage de relever, on a quelques fois l'impression de se battre contre des moulins à vent.

MG 15/03/2008 17:45

En fait je ne pense pas que les gens soient indifférents à ce que tu as écris mais je pense plutôt qu'ils ne sont pas surpris par ce genre de réaction. Personnellement, comment aurais-je réagis ? Tellement surpris, j'en aurai été sur le ... ou je lui aurait fait deux ou trois remarques assasines sur son bahut !