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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 12:00

 

 

 

 

Nous avons tous le souvenir d’une institutrice ou d’un professeur terrifiant. Le seul fait d’imaginer se faire remarquer par ce détenteur du savoir, ou pire, être disputé ou puni par lui suffisait à nous glacer le sang. Mais si, souvenez-vous. Ce n’est pas si loin. 

Si je remonte plusieurs décennies en arrière, je me retrouve dans une salle de classe vieillotte, à l’ancienne, déjà anachronique pour l’époque et certainement digne d’un musée de nos jours.

 

Les tables étaient d’un bois usé par la multiplication des coups de crayon rageurs, de traits tirés à la règle et des lettres appuyées avec application, fruits du labeur de plusieurs générations d’écoliers. C’était de vieux pupitres rongés,  percés d’un trou pour accueillir le pot d’encre d’antan.

Je sens encore l’odeur de la craie, je revois la grande règle que l’institutrice tenait entre ses mains comme une matraque et qu’elle faisait claquer vigoureusement sur la table pour exiger le silence. C’était d’ailleurs parfaitement inutile. Personne n’osait dire un mot, ni même respirer en sa présence. Nous étions une vingtaine d’enfants en apnée et ce n’est qu’à la récréation, ivres de soulagement, que nous faisions le plein d’oxygène et de liberté.

 

 

Mme T., elle s’appelait. Elle portait de vieilles jupes d’un autre âge, et d’improbables chemisiers. Quant à sa coiffure, elle était de vingt ans dépassée. Mme T.

Elle me paraissait si vieille que je me demandais comment on pouvait vivre aussi longtemps. Quand son regard perçant et acéré se posait sur moi, je sentais les serres de l’angoisse m’étreindre le cœur.

Dans la classe de Mme T., les bons élèves siégeaient au premier rang. Les cancres étaient bannis au fond et supportaient sans broncher cet infâme ostracisme. J’étais au deuxième rang et regardais avec effroi ceux des quatrième et cinquième rangs, les pestiférés, les intouchables.

 

Avec Mme T., j’ai tremblé. J’ai passé quantités de nuits blanches et de journées sombres. Mais j’ai aussi gardé des souvenirs indélébiles qui sont  un bout d’enfance. Avec elle, j’ai visité les plus beaux monuments de Paris, et mes yeux émerveillés s’écarquillaient grand pour apprécier ce spectacle unique. J’ai retenu mille de ses leçons et explications. Certaines de ses phrases sont encore présentes à mon esprit comme si je les avais entendues hier.

 

 

Quand un jour, il n’y a pas si longtemps, je l’ai croisée à l’arrêt de bus tout à fait par hasard, je n'ai rien  vu qu'une petite vieille. Une mémé sans prétention ni grands airs, minuscule et frêle, tassée par les ans. Je l'ai reconnue tout de suite; j'avais de nouveau huit ans. Il commençait tout juste à pleuvoir. Elle se recroquevilla dans son manteau de laine. Nous attendions le bus depuis de longues minutes déjà.

-          Il n’est pas en avance, hein ?  dit-elle en se tournant vers moi.

 

Comment aurait-elle pu reconnaître en moi l’un des innombrables élèves qu’elle avait vu défiler ? Plus de vingt ans s’étaient écoulés. Je faillis lui dire. Lui dire les bons points et les tableaux d’honneur, l‘accélération de mon cœur quand elle rendait les copies, lui dire les tables de multiplication avec lesquelles elle nous torturait. Lui dire, lui rappeler le morceau de  moi qu’elle avait irrémédiablement marqué.

Au lieu de cela, quand j’ouvris la bouche, ce fut simplement pour répondre : « Eh non ! », dans un sourire crispé.

 

 

Lorsque le bus l’emporta, je demeurai là, toute chose, à regarder mon enfance disparaître au coin de la rue.

 

 

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Published by Jo - dans L'enfance
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commentaires

Le primate... 19/03/2008 23:20

merde je venais d'écrire un méga commentaire et je l'ai perdu, je suis furaxe ! merde merde de merde ! désolémais merde, il était bien mon comme, plein de bon souvenirpfffffffffffffffffffff, désolé, pas le courage de le refairepfffffff !merde alors c'est nul l'informatique !!revenons au bon vieux temps de madame T !

alaligne 16/03/2008 16:34

Il y a en effet des instits et des profs qui marquent pour le restant de notre existence. C'est également mon cas (en plus sombre) dans ma nouvelle: la grande prairie. Pour la première fois dans un texte, j'ai gardé le nom exact de ce prof de latin-français après avoir hésité... mais tout est vrai dans cette nouvelle (hors l'animal choisi...) Question "génération", il s'agissait des années 60... tu vois que les choses ont peu changé... ;)New vote pour Romans...

Gondolfo 16/03/2008 02:05

jolie nostalgie :)

MG 15/03/2008 17:37

Oups, désolé, mille excuses. Oui, je me suis laissé abusé par ce côté "nostalgique". Je suis le roi des gaffes, je n'en loupe pas une. Je ferai plus attention la prochaine fois !

teresa 14/03/2008 20:43

Je me souviens parfaitement de mon instit de CM1 qui me terrorisait... je ne l'ai jamais revu mais je ne l'ai jamais oublié non plus... bon WE