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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

Vendredi 13 octobre 2006

 

 

 

 

 

« Le voisin est un animal nuisible assez proche de l'homme »,

 P. Desproges

J'ai toujours vécu en appartement.

Enfant, mon voisin du dessous était le métro parisien.  Il rythmait nos journées par un vrombissement régulier qui faisait trembler nos murs et nos pieds. Ce n'est que tard dans la nuit que cessait le va-et-vient et que pouvait régner le calme propice au sommeil. Pendant des années, donc, j'ai grandi avec tous ces voisins d'un instant, invisibles, passagers habituels ou occasionnels du métropolitain de Paris.

Après cela, mes parents décidèrent de ne plus habiter au rez-de-chaussée. Nous vécûmes donc un an au deuxième étage d'un petit immeuble ancien, timidement niché dans une impasse tranquille du XIVème arrondissement. La famille qui occupait le logement situé dans la cour mettait une certaine ambiance, pour ne pas dire une ambiance certaine. Ils avaient un chien immense, un berger allemand pourvu d'une impressionnante mâchoire. Il accueillait quiconque entrait dans l'immeuble par un concert d'aboiements ponctués d'affreux grognements. En liberté dans la petite cour, il allait, venait et passait sa grosse tête par la fenêtre sans vitre de la porte qui séparait son antre du hall de l'immeuble, conduisant ainsi beaucoup de visiteurs ou de résidents à rebrousser immédiatement chemin.

Bien sûr, ses maîtres essayaient de ne pas le laisser faire. Chaque série d'aboiements était accompagnée de cris réprobateurs, censés maîtriser le monstre. Nous avions donc, pour le même prix, un étonnant canon à deux voix, canine et humaine.

Régulièrement, l'un des nombreux fils de la maison s'entraînait. Il pratiquait les arts martiaux et des heures durant, au vu de tous, il enchaînait inlassablement les mêmes gestes. De ma fenêtre, je voyais ses impressionnants biceps tatoués se couvrir de perles de sueur. Ce manège durait quelques semaines ou quelques mois. Puis il disparaissait pour une période plus ou moins longue.De temps à autre, une descente de police nous donnait quelques indices quant aux raisons de ses absences et les motivations de son entraînement.

Après notre déménagement, nous avons atterri dans une mignonne copropriété de banlieue. Là, les voisins à fuir, ceux qui sèment la zizanie et sont montrés du doigt, c'était nous.  Sur notre palier, à l'étage du dessous et du dessus, partout ne vivaient que des vieux. Seuls et tristes comme des pierres. Forcément, quatre personnes dans un même appartement, cela créa un sacré remue-ménage dans cette antichambre du cimetière. Nous vivions, tout simplement, mais c'était déjà trop. On nous enjoignit de vivre en silence, comme les momies qui partageaient l'immeuble.  Ce fut difficile pour tous : pour moi dont les parents, soucieux d'être bien vus, essayaient de chuchoter dès le début de la soirée, et pénible aussi pour les voisins qui tendaient l'oreille pour être certains de ne rien louper du plus petit bruissement, jugé intolérable.

Il leur arriva de se plaindre après une anodine conversation. Parler était désormais une nuisance qu'il nous fallait cesser, et bientôt tout le voisinage se ligua contre nous. Avions-nous encore le droit de respirer, de partager nos joies ou encore de vivre ? Au regard des êtres fossilisés qui peuplaient notre bâtiment, non. Notre famille était une insulte à leur vieillesse et à leur solitude, eux qui avaient la télévision pour seule compagne et qui s'endormaient devant sitôt assis sur leur canapé défraîchi.

Le silence, leur compagnon imposé, était devenu une norme reconnue et acceptée par tous. Que chez nous, on eût à qui parler leur apparaissait comme une hérésie. J'échappai au bûcher. Mes parents  subissent encore l'opprobre haineux des plus tenaces.

 

 

Heureusement, je connus plus tard des voisins charmants : une petite vieille adorable et compréhensive, pleine d'attentions et de bienveillance, des jeunes tolérants et des couples équilibrés. Cela m'a presque réconciliée avec l'homo vicinus, mais il faut avouer qu'il s'agit tout de même d'une espèce à part.

par Jo publié dans : autrui
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