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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

27 octobre 2006 5 27 /10 /octobre /2006 14:19

Quand il fait beau, on aime être dehors.

Ceux qui ont un jardin font des barbecues et convient leurs amis, les heureux détenteurs d’un balcon le fleurissent amoureusement, et le pauvre citadin coincé dans son appartement n’a d’autre alternative que d'ouvrir la fenêtre.

Les enfants, eux, ne résistent pas bien longtemps à l’appel impérieux des rayons du soleil et des températures clémentes.

 Dans la petite cité en face de chez moi, lorsque ferme l’école et commencent les longues vacances d’été, toute la marmaille locale se donne rendez-vous sur la petite parcelle herbue où viennent déféquer les chiens du quartier. Les plus petits prennent d’assaut le toboggan, les adolescents jouent au foot en rêvant de coupe du monde et de gloire éternelle tandis que les plus grands bricolent des cyclomoteurs ou fument des joints devant les halls d’immeuble.

 

 

Vers cinq ou six heures de l’après-midi, l’agitation et les décibels atteignent leur apogée. C’est le moment que j’ai choisi, guidée par le hasard, pour passer devant ce petit monde en ébullition. Perdue dans mes pensées, je ne prêtais pas attention au ballon qui frappait la grille avec force et régularité.  Soudain, des cris rauques emplis de colère me firent ralentir.

Je vis un petit groupe de jeunes âgés de 13 ou 14 ans. Ils parlaient entre eux et levaient la tête, l’air manifestement mécontent. Je suivis leur regard et vis une vieille, la tête entourée de cheveux blancs hirsutes, les yeux exorbités de haine, vociférer à la fenêtre. Elle hurlait sur les mômes autant que le lui permettaient ses cordes vocales fatiguées. Sous l’effet du dentier mal fixé ou d’un excès d’acrimonie, elle s’étranglait presque, de telle sorte que seuls quelques mots étaient intelligibles. Je pus toutefois distinguer quelques bribes :

- Y en a marre de ces sales gosses ! Ces sales gosses livrés à eux-mêmes ! Pas moyen d’être tranquille chez soi ! beuglait-elle. Dégageeeeeeeeeeeeeeeeez ! Dégagez j’vous dis !

Les jeunes, prêts à en découdre, tendaient leur cou impubère et ripostaient avec hargne : 

-  Walla la vieille ! Ta gueule ! Rentre chez toi !

L’un d’eux essayait de tempérer ses amis : « Vas-y, laisse tomber, elle est folle la vieille ! Laisse tomber j’te dis, la calcule pas ! »

Les plus petits s’étaient arrêtés un instant de remonter le toboggan à l’envers pour se tourner vers la fenêtre de la voisine acariâtre, mais très vite ils se désintéressèrent du conflit pour se concentrer sur la position de leurs pieds, seul critère pour ne pas glisser et poursuivre leur périlleuse ascension.

 

 

 La vieille disparut un moment. Les jeunes guettèrent son retour avant de reprendre leur ballon et leur jeu. Je m’apprêtais à passer mon chemin lorsque j’entendis le liquide sui se déversait du troisième étage.  La vieille femme venait de jeter un seau d’eau sur les enfants. 

-   Salope ! hurla un jeune, tête baissée, secouant sa casquette trempée.

Un autre se frotta les yeux en hurlant de douleur :

-  C’est de l’eau de javel ! Sale vieille ! Elle est ouf !

Quelques adultes s’arrêtèrent, sentirent casquettes et cheveux des bénéficiaires de cette douche forcée avant de confirmer, à la stupéfaction générale : « Oui, c’est bien de l’eau de javel ».

 

 

Accoudée, la créature décrépite s’égosillait toujours. En bas, les enfants commencèrent à partir, mus par l’inquiétude ou rappelés par les mères qui les surveillaient depuis les appartements. Eructant d’une joie malsaine, le visage déformé et enlaidi par la volonté de nuire, la vieille mégère observait de son perchoir la pagaille provoquée dans cette fourmilière. Même les jeunes agressés finirent par s’éloigner, non sans avoir lâché quelques menaces.

Outrée par la scène à laquelle je venais d’assister, je m’arrêtai pour discuter avec une autre femme du quartier. J’appris que tout cela n’avait rien d’exceptionnel, que la vieille folle aspergeait très fréquemment les gamins d’eau, javellisée ou mêlée à d’autres substances toxiques. La police était déjà intervenue, pour finalement repartir sans apporter de solution durable. 

Perplexe, je m’éloignai et vaquai à mes occupations. Au retour, je regardai vers l’appartement de la vieille. Le soleil se couchait et projetait ses derniers reflets sur la façade de l’immeuble. Un éclair orangé fit briller la vitre de la fenêtre : elle avait volé en éclats, sous l’effet d’un coup de ballon ou d’un jet de pierres.

Les jours suivants, je fus irrésistiblement attirée par la vue de ce carreau grossièrement réparé avec un bout de carton. Du carton aussi inesthétique que l’architecture de la cité. Aussi opaque que le mur qui se dresse entre les générations.

 

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commentaires

Artno 17/12/2006 23:57

Ah ba voilà, celui-ci je ne l'avais pas lu.                                                Après le coup de l'eau de javel je m'attendais presque à une réaction encore plus primaire de la vieille dans un registre de type raciste.
T'es toujours là au " bon " moment toi !

dijor 30/10/2006 21:11

...
je reste le cul apr terre!
de la ajvel
elel aurait pu leurs crever els yeux...

Deamone Iak 29/10/2006 21:20

C'est dégueulasse!!!!!!!!!! Les gens sont fous de toutes façon!!!!!!! Je considérais les jeunes (malgré le fait que j'en suis une) comme des petit merdeux mais finalement y a pas qu'eux!!!!! On a pas besoin d'avoir un certain âge pour être cons!

caramelle76 29/10/2006 09:27

Un petit coucou du matin....bisou

°°Nina°° 28/10/2006 16:09

M-A-G-N-I-F-I-Q-U-E article, très bien écrit! Il est vrai qu'entre génération il y a parfois un fossé (ou un carton) infranchissable, c'est bien dommage.