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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

13 novembre 2006 1 13 /11 /novembre /2006 01:22

http://www.urvoas.org/wp-content/uploads/2007/06/dallenogare.jpg

Lorsque j’étais étudiante, j’aimais me promener dans les rues de Paris, errer dans le quartier latin. J’aimais aller à la bibliothèque universitaire, entrer dans les librairies, caresser les livres que j’aurais aimé acheter pour finalement repartir les mains vides. J’appréciais ces rues malgré leur grisaille, je me nourrissais de cette ambiance si particulière. Pleine de vie et de vies. Je sentais l’effervescence intellectuelle qui régnait là, les étudiants chargés de classeurs qui pensaient en même temps à leurs examens, à leur nouvelle vie amoureuse et à la prochaine soirée entre amis. Je m’asseyais dans les cafés et commandais un expresso tout en rêvassant, perdue dans la contemplation des passants. J’admirais même la pluie qui tombait en fines gouttes et faisait fuir les touristes et les pressés, dont beaucoup se protégeaient en rabattant simplement leur capuche sur la tête.
Le quartier latin, c’est aussi les familles fraîchement immigrées, venues de l’Est, assises sur les grilles du métro pour se réchauffer. Les enfants jouent avec les emballages cartonnés du fast food du coin en se blottissant contre les jupes de leur mère, les plus grands s’entraînent à l’accordéon avant de s’engouffrer dans le métro. Plus loin, un vieillard édenté et malheureux comme les pierres fixe un point dans le vague avec une expression résignée, la main tendue, comme figée. On le frôle, on trébuche presque sur cette main qui empiète sur le trottoir. La petite boîte posée à ses pieds ne contient que quelques pièces.
Les voitures vont et viennent. Les klaxons, les bruits des moteurs, les bus complètent ce décor qui fut mon quotidien pendant tant d’années. Où je me revois rien qu’en y pensant.
 
Au milieu, là, il y a moi. Personne ne me voit tout comme je ne vois personne. Je croise dix, cent personnes, mais je suis incapable de retenir un visage, un regard. Et soudain, il y a ce garçon au sourire bienveillant qui m’arrête. Quelques gouttes de pluie tombent, je fronce les sourcils mais l’écoute. Il sourit toujours. Me montre des cartes postales, très jolies, sur lesquelles on peut voir un joli dessin, l’œuvre d’un artiste débutant sans doute. Je lui rends poliment son sourire tout en consultant ma montre. Il ne se laisse pas démonter et, bien décidé à capter mon attention, se lance dans une présentation accrocheuse :
     -   Bonjour, je vous demande cinq minutes. Voilà, avec des amis étudiants nous avons monté une association … .
Je l’écoute, un peu mal à l’aise. Je comprends qu’il vend ses cartes postales, que je n’en ai que faire, que je n’ai pas d’argent, qu’il va falloir lui dire non, qu’il est charmant et que je suis en retard. J’attends qu’il reprenne sa respiration et je m’engouffre dans cette pause salutaire.
-         Je suis désolée, lui dis-je en compatissant sincèrement, mais je n’ai pas d’argent sur moi …..
 
Je ne finis pas une explication qui meurt sur mes lèvres. Il change de regard. Avale son sourire. S’étouffe avec. Me fixe avec dureté. Nos regards se rencontrent un long moment.
-         Connasssssse, siffle-t-il avec mépris.
 
Puis il tourne les talons. Je reste là, sous la pluie qui s’est intensifiée. Je me retourne pour vérifier que je ne l’ai pas inventé. Non, il est bien là. Devant un autre passant, le voilà qui brandit ses cartes, les décris, le sourire aux lèvres. Il a remis son masque.  Médusée, je reprends ma route d’un pas lent et abasourdi. J'observe mieux les visages, je les trouve fermés, tristes, hostiles parfois.
 
Tout le monde porte un masque et la plupart l’ignore.
 
 
Photo dallenogare
 
 

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commentaires

Mat 02/04/2007 23:12

Je suis d'accord, nous portons tous un masque, et tous, nous en sommes conscient! Certaines personnes sont trop hypocrite pour se l'avouer par contre... Moi même, je porte facilement une dizaines de masques, celon la situation ou la personne que je rencontre.

Artno 17/12/2006 23:48

woua ! super le commentaire n°16 ! hé !
ce n'est qu'au trois quart de ma lecture que je me suis aperçu que je l'avais déjà lu celui-là. La chute ne s'oublie pas !
Tiens, relisant ta réponse finale (à l'époque tu faisais de grandes réponses finales, c'était beau :0002: ) je me demandais : quand est-ce que tu nous feras un petit texte sur "un gens" formidable ?

Artno 15/11/2006 22:22

Décidement, Jo, heureusement que nous sommes là maintenant car tu en as rencontré des cons dans tes années fac ! Je blague, mais grace à eux, nous pouvons lire tes textes... donc hommage à ces cons d'Autruis !

Jo 15/11/2006 22:32

Je découvre vos nombreux commentaires... Merci à tous ceux qui ont pris le temps de laisser une trace de leur passage et qui font partager l'impression laissée par le texte.
Bien sûr, j'ai rencontré des gens peu aimables, pas sympa, mais pas seulement pendant mes années fac... Malheureusement il y en a partout. Mais c'est aussi ce genre de rencontres qui rend la vie surprenante et drôle parfois.
Et heureusement, j'ai connu aussi des gens formidables, qui font moins parler d'eux mais qui sont néanmoins bien réels (bien que plus rares...).
 

miss perle 15/11/2006 17:01

Bravo bravo apres des heures passees sur le forum je lis enfin quelque chose que je trouve d'exception. Des mots simples des moments simples mais quel style. Raconté si simplement et pourtant si captivant.
J'adore bravo a toi

Koulou (Flégroll) 15/11/2006 16:01

très fatigant de porter un tel masque, déjà, tâcher de vendre aux passants quelques chose est difficile alors, devoir se forcer à se point... J'en ai pourtant croisé tellement des vendeurs comme celui-là dans mes 6 année de vie là-bas ... Nous visons vraiment dans un drôle de pays.