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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

Mercredi 29 novembre 2006
L’indifférence colle souvent aux gens comme une seconde peau dont ils ne savent plus se défaire. Ce qui, au départ, est probablement une protection de soi, surtout dans la jungle des villes, devient rapidement une manière d’être qui s’impose et finit par devenir définitive.
La scène se passe un samedi. Le samedi, c’est le jour des courses. Les familles en profitent, avant ou après le passage à l’hyper selon les habitudes, pour se sustenter au fast food du coin. Les enfants se goinfrent avec bonheur des immondes sandwiches industriels, plus délicieux à leurs yeux que les plats les plus fins, mangent avec leurs doigts et repartent, le plus souvent, avec un jouet et un ballon. Le paradis.
Voilà pourquoi, le samedi midi, le fast food qui jouxte le supermarché où je vais faire mes courses est plein à craquer. Tout n’est que brouhaha, rires enfantins, réprimandes parentales, tintement des pièces. L’air est saturé de friture, de sodas, de la sueur des employés qui ont trop chaud sous leur casquette. Les queues aux caisses sont interminables. Les tables sont pleines et les consommateurs doivent encore, après la difficile épreuve de l’attente puis de la commande, faire preuve d’un œil de lynx et d’une rapidité de guépard pour trouver une table libre et s’y installer. Aux heures les plus stratégiques, réussir cet exploit est digne d’un marathon de haut niveau. Tout y est : le stress, la compétition, l’endurance.
Samedi midi, j’étais donc perdue parmi la foule dans cette usine à graisses, à la plus grande joie de Fiston. J’avais réquisitionné une table et attendais que Chéri revienne avec les plateaux. Nous mangeâmes. Au moment de partir, Chéri prit les plateaux pleins des seuls emballages et débarrassa. Un père de famille nous demanda plutôt aimablement si nous avions terminé, ce à quoi nous répondîmes par l’affirmative. Aussitôt, il installa son fils sur la chaise au dos de laquelle était encore accroché le manteau de Fiston, avant de s’en retourner vers les caisses. Quelque peu contrariée qu’on ne me laisse même pas partir ni retirer mes affaires avant de prendre possession des lieux, je me tus néanmoins. Pris le manteau. Entrepris d’habiller mon rejeton, lequel, excité par le ballon qu’il emportait tel un trophée, s’agitait comme un beau diable.
Soudain, un homme trapu, chauve, bedonnant s’approcha du petit garçon installé là par son père et lui donna l’ordre de déguerpir. Interdite par ce comportement, j’observai la scène. L’enfant intimidé obéit et c’est avec un sentiment d’échec et d’injustice qu’il alla pleurnicher auprès de son paternel. Celui-ci, outré, semblait prêt à en découdre avec l’envahisseur quand une table se libéra un peu plus loin. Epuisé d’avance par le conflit qui s’annonçait coriace, il rendit les armes et dirigea ses enfants vers ce nouvel eldorado sans insister.
Pendant ce temps, j’habillais Fiston. J’eus à peine le temps de décoller mes fesses de la chaise que j’occupais quelques instants plus tôt que partout, on forçait le passage. Les enfants voulaient passer, me contournaient et semblaient presque prêts à m’escalader. Affairée à forcer sur la fermeture éclair – coincée- du manteau de Fiston, je serrai les mâchoires de contrariété. Après tout, c’étaient des gosses.
Un genou encore à terre, je sentis cette fois un coup net dans le bas du dos, et fus violemment bousculée. Je relevai la tête juste à temps pour voir le chauve ventripotent s’asseoir à mon ancienne place, son regard bovin éclairé par une lueur de victoire. Je bondis, courroucée, et lui dis que même si je comprenais qu’il soit pressé, j’aimerais pouvoir habiller mon fils sans être bousculée, qu’on me laisse le temps de partir. On peut attendre quelques minutes, tout de même !
Il me regarda avec stupeur comme si je venais tout juste de me matérialiser devant lui. Il prit un air mortifié et, pire que tout, un air sincère.
-         Je ne vous avais pas vue, madame, dit-il.
Devant mon scepticisme, il enchaîna :
-         Je suis désolé. Vraiment, je ne vous avais pas vue, répéta-t-il. Je me confonds en excuses.
 
Le plus étonnant, le plus grave, le plus inquiétant, c’est que je suis persuadée qu’il disait vrai.
 
Quand l’Autre devient invisible, on le piétine en toute bonne foi.
.
Photo James Davenport  ( www.futura-sciences.com)
par Jo publié dans : Au quotidien
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Commentaires

La prochaine fois déguise toi en "burger truc", il te vera surment mais il risque de te bouffer...
commentaire n° : 1 posté par : Artno (site web) le: 29/11/2006 00:09:50

hé hé hé c'est moi l'prems ! c'est moi l'prems !... les autres doivent être en train de bouffer leur "Mac'chin". Décidément Jo ta vie s'écrit avec un grand A pour aventure, m'enfin quelle idée d'emmener Fiston et Chéri dans un lieu pareil !! cela dit c'est une bonne friture ce texte. à bientôt !


hé je suis p't-êt'e m^me le deus' ! double podium !

commentaire n° : 2 posté par : Artno (site web) le: 29/11/2006 00:14:49
Euh... C'est plutôt Fiston et Chéri qui m'y traînent... ;)
réponse de : Jo (site web) le: 29/11/2006 00:24:27

Je suis surppris que tu te laisse faire... m'enfin bon c'est Fiston et Chéri me diras-tu !? Tien j'ai un texte qui s'intitule " conviction "...


Hé! podium total pour moi... les autres ont dû avoir une indigestion, ou alors, ou alors à cette heure là... i' font dodo !

commentaire n° : 3 posté par : Artno (site web) le: 29/11/2006 00:37:18

je voulais dire un Mac Dodo, bien sûr !


et la place d'honneur en plus !

commentaire n° : 4 posté par : Artno (site web) le: 29/11/2006 00:45:34
un nouveau texte ! super, j'aurai de la lecture pour demain ... pour l'heure je ne tiens  plus debout ... bonne nuit Damoizelle Jau :-)
commentaire n° : 5 posté par : koulou (flégroll) (site web) le: 29/11/2006 01:02:21

Complètement invisible ma Jo !!


Pourtant si je ne m'abuse... si cette scène s'est déroulée il y a peu de temps, tu es loin d'être invisible actuellement !!! mdrrrr


Chez nous, on est toujours les Prem's de toutes façons, étant donné que chéri va chercher tout ça avec sa voiture ! Donc on a la meilleure place pour manger ! CHEZ NOUS ! Et personne pour nous bousculer !

commentaire n° : 6 posté par : Soof le: 29/11/2006 10:07:54
et dire que moi je n'ai pas le don de me rendre invisible..peu importe l'endroit où je me trouve,  on me remarque toujours...on me parle toujours...je ne sais pas pourquoi..surement ma tête ou ma façon d'être.....pfff ... bisous à toi Jo et passe une agréable journée....
commentaire n° : 7 posté par : caramelle76 (site web) le: 29/11/2006 10:11:23

On peut être regardée, les yeux dans les yeux, détaillée et rester invisible dans le regard de certains....


texte vivant, on s'y croirait........ je t'embrasse ma belle

commentaire n° : 8 posté par : alaligne (site web) le: 29/11/2006 11:09:25

C'est tellement vrai...pour le coup...que l'on devient invisible et que parfois même piétinés (propre comme au figuré)


Hier précisément j'ai eu cette sensation, je me suis fais la remarque, mais je ne me souviens plus du propos...


Couleur bovin...savoureux


bises  à toi Jo

commentaire n° : 9 posté par : Bettina (site web) le: 29/11/2006 12:15:28
Si ça se trouve, c'était un fieffé menteur doublé d'un comédien culotté !!
commentaire n° : 10 posté par : Claudine (site web) le: 29/11/2006 14:12:28

Je pense plutôt que dans la foule l'homme devient indifférent à l'autre, ne le voyant plus et n'étant réceptif qu'aux inconvénients de la foule. Bises

commentaire n° : 11 posté par : Ingénue (site web) le: 29/11/2006 16:22:40
Eh bien moi pourtant je t'ai vu, je te vois, et ça risque de durer un moment si tu continues à raconter des choses intéressante comme ça ... La description de l'enfer qu'est un fast food est si précise que j'ai l'impression d'y avoir mangé à midi !  or ça doit faire  12 ans que je n'y ai pas mis les pieds ... pourvu que je ne devienne jamais ni gros ni chauve, ni surtout indifférent à autrui, fusse -t-il autruite ...
commentaire n° : 12 posté par : koulou (flégroll) (site web) le: 29/11/2006 17:59:11

ton montage photo est magnifique !

commentaire n° : 13 posté par : chriscraft_ (site web) le: 29/11/2006 18:51:09
J'avoue que si j'arrive dans un bistrot bondé en plus avec des gosses, suis pareille, je ne vois que la foule, les autres sont transparents!
commentaire n° : 14 posté par : Sugus (site web) le: 29/11/2006 20:40:18
Parfois, on est tellement dans ses pensées, que l'on peut en oublier le monde matériel qui nous entoure. Je confirme. A regret.
commentaire n° : 15 posté par : Emmanuelle Lux (site web) le: 29/11/2006 23:51:53
salut Jo! bonne soirée! et un petit bonsoir spécial de la part du coq et du chat!
commentaire n° : 16 posté par : Michka (site web) le: 30/11/2006 21:07:23
C'est toujours un bon moment de te lire....
Merci et bonne soirée...
commentaire n° : 17 posté par : Fred (site web) le: 30/11/2006 21:43:24

Artno, couche-tard et bavard ?

Soof, c'est vrai qu'on me voit habituellement ! :)

Caramelle, je ne suis habituellement pas transparente non plus ;) mais dans certains contextes, nous le devenons tous, je crois, comme l'a si bien dit Alaligne, et comme l'a ressenti Bettina aussi ...

Ingénue, nous sommes d'accord.

Emmanuelle --> hélas !

Fred, Michka, Koulou --> merci ...

Chris, la photo n'(est pas de moi. J'ai rajouté les références...

Claudine--> même si tu as raison, finalement ça change peu de choses.

Sugus --> Ah, c'était toi !  :-)

réponse de : Jo (site web) le: 01/12/2006 10:19:05
Excellent... Je ne m'attendais pas du tout à une fin pareille!
Bisousn, à plus
commentaire n° : 18 posté par : Sophie (Ti Taz sur OB) (site web) le: 03/12/2006 00:04:32
C'est la loi du genre dans ces lieux ! Quand on ne fait pas attention à ce qu'on met dans son assiette, pas de raison de faire attention à ses congénères ? ( Je précise que j'ai aussi fréquenté ces lieux lorsque l'attrait irresistible qu'ils représentaient aux yeux de mes fils m'y obligeait un peu !) ;-)
commentaire n° : 19 posté par : Cajou (site web) le: 03/12/2006 01:48:27

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