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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

1 décembre 2006 5 01 /12 /décembre /2006 00:01
Elles étaient sœurs. L’aînée était aussi blonde que sa cadette était brune. Elles étaient plutôt jolies, plutôt sympathiques, plutôt populaires. Nous étions camarades de lycée.
Je connaissais mieux Solène, la plus jeune des deux. Nous nous passions des notes de cours quand l’une de nous était absente, prenions un café ensemble à l’occasion, rigolions bien.
Solène et sa sœur vivaient avec leur mère dans un petit appartement non loin de chez moi. Celle-ci était seule pour s’occuper de ses filles, était un peu dépressive, comme beaucoup de mères qui ont consacré leur vie à leurs enfants et qui, un jour, se rendent compte que les enfants sont grands, que le temps les a rendues plus vieilles qu’elles ne le voudraient, plus vieilles que ce qu’elles sont prêtes à accepter. Elles sont seules et le resteront quand la progéniture abandonnera le nid. Voilà ce qu’elles se disent.  
Les deux sœurs vivaient pleinement leur adolescence. Leurs histoires de cœur les poussaient à téléphoner aux copines des heures durant, à rêvasser en contemplant la lune dans le ciel, à se projeter dans l’avenir. Solène avait eu une expérience amoureuse difficile. Elle avait consenti à faire don de sa virginité à un jeune homme charmant au premier abord, pour se faire traiter comme une moins que rien sitôt l’acte achevé. Elle n’en nourrissait pas plus d’amertume que ça. Elle esquissait un sourire un peu attristé en racontant comment il lui avait jeté le linge de lit taché de sang à la figure, tout en lui disant avec mépris : « Tiens, tu me dois une paire de draps ».
Solène n’était pas rancunière. Cette aventure malheureuse ne l’avait pas poussée à se défier des hommes, et elle avait trouvé quelqu’un d’autre, un garçon qui savait, cette fois, respecter sa délicatesse et sa fragilité. Elle était heureuse. Je connaissais moins sa sœur, mais elle vivait une vie qui semblait elle aussi épanouie.
 
Un matin, ce fut l’effervescence au lycée. Tout le monde chuchotait, murmurait, s’étonnait. « Oh ! » faisaient les uns. « Ah ? » faisaient les autres. « Pas possible ! » s’exclamaient certains. Les plus émotifs essuyaient une larme.
Je m’enquis de ce qui s’était passé. On me raconta.
 
Solène était rentrée chez elle. Un soir comme tous les soirs. Un soir d’automne, quand il fait déjà nuit alors qu’il est encore tôt. Je peux presque l’imaginer, avec son sac à dos rempli à craquer, ses cahiers et sa trousse pleine des petits mots passés en classe, franchir la porte d’un appartement qu’elle trouva étrangement sombre. Je peux presque l’entendre, parce qu’elle me l’a raconté plus tard, appeler sa mère, étonnée de son absence, traverser l’appartement, pièce après pièce, sentir l’angoisse monter, le sentiment que quelque chose cloche. Jusqu'au moment où Solène entra dans la salle de bains.
 
Elle me l’a dit, je ne sais pas où elle a trouvé les mots. Elle me l’a dit sans sanglots, sans émotion apparente. Elle me l’a dit avec le regard perdu dans le vague, comme si elle parlait de quelqu’un d’autre.
Solène a trouvé sa mère électrocutée dans la baignoire, le sèche-cheveux immergé dans l’eau du bain.
 
Quelques jours plus tard, pendant la récréation, un silence inhabituel pesait dans la cour. Nous remontâmes en classe. Le cours qui suivit fut presque normal. Il fut simplement interrompu par quelques minutes de mutisme collectif. Professeur et élèves retinrent leur respiration et peut-être leurs larmes en entendant sonner les cloches de la chapelle voisine. A deux pas, à l’âge où l’on se rebelle contre la détestable autorité parentale, Solène et sa sœur pleuraient leur mère et lui disaient au revoir pour la dernière fois.

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commentaires

Jane 27/02/2010 21:30


ooooooooooooooooooohhhhhhhhhhh
c'est affreux !
que la vie fait mal !


Sophie (Ti Taz sur OB) 06/12/2006 11:05

Très touchant... triste... mais tellement réel... Si bien écrit...

Morena 04/12/2006 08:20

Quel beau témoignage... Je commence la journée en pleurant...

Moâ 02/12/2006 10:45

Coucou JO :-)))Oh ma conteuse,  que tu as du talent...Avec émotion, je te fais la bise.Bon samedi à toâ!

Jo 03/12/2006 22:44

J'ai moi-même repensé à cette histoire avec émotion...
Merci pour vos commentaires.

Artno 02/12/2006 01:07

Ding, la vie ...dong, la mort !