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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

7 décembre 2006 4 07 /12 /décembre /2006 09:40
J’ai une collègue de travail qui incarne l’image du bonheur tranquille.
Elle est douce, elle est calme, elle parle posément. Elle est appréciée.
Elle va toujours bien. Elle n’est jamais malade, jamais fatiguée, n’a jamais de difficultés ni de ras-le-bol. A la question : « Comment ça va ? », elle arbore invariablement un grand sourire et répond : « Ca va ! » d’un ton enjoué.
Elle ne hausse jamais la voix. Quand, irritée par des propos ou agacée par un comportement, elle veut moucher l’importun, elle utilise toujours la manière douce. Elle parle lentement, d’une voix presque basse de telle sorte que son ennemi, peu méfiant, est obligé de se pencher vers elle pour recueillir ce qui ressemble à une confidence. C’est alors que, d’une voix pleine de miel, elle lance une vacherie explosant de fiel. Touchée, sonnée, la victime a tout juste le temps de comprendre et pas toujours celui de se remettre qu’elle est déjà partie, avec le sourire, laissant derrière elle un collègue pantois, en colère, impuissant.
 La poursuivre ressemblerait à de l’agression. Lui prêter les mauvaises intentions qu’elle a si bien su dissimuler passerait pour de la paranoïa. La remettre à sa place serait de l’hystérie.
Non, il n’y a rien à faire. Mathilde est trop forte.
 
Elle ne dramatise jamais rien. Tout ira bien car tout ne peut que bien aller. Supposer le contraire est la seule manière de la faire sortir de ses gonds. Je me souviens comme elle s’est énervée contre une autre collègue, dont la fille avait eu des soucis de santé sérieux, parce qu’elle osait raconter des horreurs pareilles devant elle qui avait des symptômes similaires. Si on a des ennuis, il faut savoir souffrir en silence. Un peu de pitié pour les autres, voyons !
 Elle est aussi intimement convaincue que ses amis sont comme elle, que l’évocation d’une ombre au tableau les terrifierait. Il ne faut pas parler de malheur. Le malheur, ça n’existe pas, ça ne se peut pas. Effleurer l’hypothèse contraire une seule seconde, c’est prendre le risque d’attirer les ennuis sur soi, gâcher des moments de joie trop éphémères pour qu’on imagine qu’ils puissent ne pas durer.
 
Un jour, je discutais avec une autre de mes collègues. Nous étions confortablement assises sur les canapés de la salle de détente et parlions de sa grossesse et de son futur accouchement. Elle évoquait sa belle-mère, dont elle craignait la réaction. J’éprouvai aussitôt de la compassion envers elle, moi qui ai de quoi raconter concernant la belle-famille (mais c’est une autre histoire de truies). Oui, c’est vrai, les beaux-parents sont parfois envahissants à la naissance d’un enfant. J’ai une amie qui a vécu une histoire surréaliste le jour de son accouchement, et j’entrepris de la lui raconter, comme une anecdote sans conséquence. La collègue enceinte écoutait mon histoire, passant de la consternation au rire, de l’hilarité à la stupéfaction. Elle conclut : « Oh la la la pauvre, j’espère que ma belle-mère, elle, saura se tenir à distance ».
C’est alors que Mathilde surgit du fond de la salle. Elle nous considéra un instant, figée, l’air pincé. Puis elle se dirigea vers son amie, sans un regard pour moi. Arrivée à son niveau, elle lui entoura les épaules d’un geste amical et sécurisant, lui fit un grand sourire pour lui rappeler que le monde est beau, que les oiseaux de mauvais augure –moi- ne peuvent rien contre le pouvoir du bonheur intégral, malgré leurs sinistres coassements. Mathilde lui dit, en articulant exagérément, la voix doucereuse :
-         Et après, tu iras voir Cathy. Elle te dira que c’est mer-veil-leux.
Cathy avait elle aussi eu un enfant peu de temps auparavant. C’était, selon toute évidence, l’antidote de choix proposé contre le traumatisme que je venais, bien malgré moi, d’infliger à cette pauvre femme.
 
Ainsi vit Mathilde, qui va toujours bien, qui est toujours de bonne humeur et qui voit toujours la vie en beau. Elle méprise et fuit comme la peste ceux qui perçoivent les dangers, les malheurs, le coté négatif des choses. Ce sont des nuisibles qu’elle doit anéantir à coups de sourires acrimonieux. J’ignore quelles terribles épreuves elle a pu vivre pour avoir besoin de dresser un décor idyllique et rassurant autour d'elle, mais dans son sillage, elle a fait des adeptes.
 
Au travail, depuis quelques temps, c’est le royaume de la béatitude. Je me demande bien pourquoi j’ai la nausée, bien souvent, avant de pénétrer dans ce qui ressemble désormais au meilleur des mondes. 

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commentaires

Commentaires spirituels d'un primate... 05/11/2007 22:46

Mais non mais non ma p'tite Mathilde je ne t'oubli pas, c'est vrai que Jo a tenté de me corompre avec une certaine Martine... mais tu vois je suis là... et je t'...

Jo 11/09/2007 09:45

Whaou ! Tu vas l'adorer !

Artno : Les primeurs d'un primate... 10/09/2007 23:11

beuheuheuheuh...snif...ça me gâche un peu ma rentrée... à moins que... ! mais oui !! ...à moins qu'elle ne soit dans mon bahut !!! :0035:

Jo 04/09/2007 13:23

Artno, comme Mathilde et moi ne sommes pas les meilleures amies du monde, je ne pense pas qu'elle viendra me donner des nouvelles personnellement ...  Pas trop triste ?

Artno 03/09/2007 23:40

alors ma Mathilde, tout le monde il beau, tout le monde il est gentil dans ton  nouvel établissement ?!