Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : AUTRUI
  • AUTRUI
  • : Tous ceux qui croisent notre chemin sont susceptibles de laisser une trace de leur passage.
  • Contact

Texte libre

Recherche

Texte libre

Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

Archives

 

 

« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

30 décembre 2006 6 30 /12 /décembre /2006 10:29

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/50/250px-Bottes_7_lieues.png

Dès le mois de novembre, parfois avant, tout le monde –ou presque- s’agite, s’affaire, prépare, achète, panique à mesure que les jours passent et que le temps se réduit drastiquement. L’effervescence est dans l’air, elle est palpable. Elle émane des guirlandes qui décorent rues et magasins, des pères Noël qui escaladent les façades et enjambent les balcons, des acheteurs frénétiques qui se bousculent avec exaspération dans les centres commerciaux.
D’abord Noël. Puis le réveillon du Nouvel An, véritable tyrannie festive. Il faut faire quelque chose. Ne rien avoir prévu finit même par provoquer un sentiment de malaise, voire d’abandon au plus réfractaire d’entre nous. C’est souvent comme ça que l’on se retrouve malgré soi, sans savoir ni comment ni pourquoi, à faire la fête sans en avoir envie, à sourire niaisement à de joyeux imbéciles, à embrasser des inconnus ou des gens que l’on déteste en feignant la plus grande sincérité.
 
Voilà donc comment je me suis retrouvée à une fête organisée par des amis du frère de Chéri, voici une dizaine d’années. Le frérot, bien qu’à peine plus jeune que moi, était encore adolescent quand j’avais vingt ans. Chéri et moi étions étudiants tandis que les jeunots avec lesquels nous devions festoyer ricanaient encore sur les bancs du lycée. Je savais confusément que cela ne pourrait pas être une agréable soirée, mais cela faisait tellement plaisir à Chéri de partager ce réveillon avec son jeune frère que je n’avais pas eu le cœur à refuser.
Nous arrivâmes. L’appartement était un studio exigu. La pièce unique était toutefois assez grande pour que nous puissions évoluer et danser. Surtout, il y avait une magnifique terrasse, très grande, qui aurait pu nous offrir un peu plus d’espace si la température extérieure n’avait pas été glaciale.
Sitôt arrivés, le maître de maison nous pria de retirer nos chaussures. Cela me déconcerta. Vêtue d’une ravissante robe noire, je me sentis soudain toute nue sans mes bottes. C’est avec regret et un zeste de contrariété que je les laissai dans la salle de bains où étaient entreposés les souliers – en majorité des baskets et des Doc marten’s.
Nous fîmes la conversation, sirotâmes des jus de fruit, un peu d’alcool. Je m’ennuyais ferme. Les adolescents plaisantaient, parlaient de leurs profs, et ceux qui en avaient évoquaient leurs projets futurs. Ils étaient à mille lieues de notre quotidien universitaire. Je ne les blâmais pas : c’est moi qui m’étais trompée de soirée. Le regard indulgent, j’observai ces grands enfants se trémousser.
Les choses se gâtèrent lorsque le premier verre d’alcool fut renversé. Horrifié, celui qui prêtais le studio poussa un hurlement de désespoir : « Ma moquette ! », ce qui provoqua le fou rire des plus saouls. Les consciencieux et les solidaires s’affairèrent pour limiter les dégâts et atténuer la large tâche qui maculait le sol. Malheureusement, les incidents se multiplièrent, entre verres renversés, reproches et disputes. Les adolescents continuaient à vider leurs verres et à les remplir sans compter, sans se soucier de rien. Après tout, c’était le réveillon du Nouvel An !
La musique devenait répétitive, plus personne n’était en état de soutenir une quelconque conversation et les rares convives restés sobres n’avaient rien à dire.
Chéri et moi ne cessions de bailler mais, sans voiture, il nous fallait attendre l’aube pour pouvoir nous extraire de cette triste fête. Alors que les minutes s’égrenaient, un jeune fit irruption dans la pièce unique, partagé entre l’effroi et le fou rire, et demanda : « A qui sont les bottes noires ? ».
Sur le moment, je ne réagis pas.
-         Mais tu as des bottes noires ! me fit Chéri.
-         Oui, c’est peut-être à moi, confirmai-je.
-         Ah….parce qu’il y a Michel qui a dégueulé dedans.
 
Horrifiée et incrédule, je le fis répéter :
-         Comment ça, il a dégueulé dedans ?
-         Bah, elle est pleine de gerbe, quoi.
Un saut à la salle de bains me fit prendre conscience des dégâts. Ma botte noire, ma si jolie botte était emplie d’une substance informe, granuleuse et nauséabonde. Incommodée par l’odeur pestilentielle, je me sentis soudainement prête psychologiquement à traverser Paris nu-pieds malgré un froid polaire. Tout, plutôt que de glisser mon pied dans cette botte, devenue le réceptacle de l’immonde vomissure.
Finalement ce fut Chéri qui, pris de pitié, se dévoua pour nettoyer la botte. Au petit matin, pleine d’appréhension et de dégoût,  je la chaussai.
 
Depuis, les réveillons de la Saint Sylvestre auxquels on assiste sans joie, presque par obligation, juste pour « faire quelque chose »  ont pour moi les infects relents du vomi d’autrui.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

°°Nina°° 03/01/2007 18:20

Marrante l'histoire mais de quoi ne plus trop aimer les réveillons lol Je te souhaite une très bonne année 2007 Jo, bcp de bonheur! Et continue a nous distraire avec tes textes que nous adorons tous! Gros Bisous!

Marie 01/01/2007 15:37

C'est à vous dégoûter des fêtes. Mieux vaut rester chez soi tranquille...

caramelle76 01/01/2007 12:08

Bonjour Jo...je te souhaite une bonne et heureuse année...que 2007 t'apporte tout ce dont tu rêves...je t'embrasse affectueusement...

la Muse 01/01/2007 11:39

Jo 01/01/2007 10:05

A tous ceux qui ont  franchement ri à la lecture de cette histoire, je vous rassure: j'arrive aussi à en rire... aujourd'hui.
Réveillon plus calme cette année.
Bonne année à tous !  :-D