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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

17 janvier 2007 3 17 /01 /janvier /2007 00:13
Certaines personnes sont comme des chênes fortement enracinés à la terre qui les a vus naître. Ils sont implantés là et n’envisagent pas une seconde un déracinement qui leur serait assurément fatal.
D’autres, au contraire, ont la légèreté d’une brindille qui pourrait faire souche n’importe où.
Eddy appartient à cette dernière catégorie. Il se sent à l’aise partout, s’adapte quel que soit l’endroit, le milieu, les gens qu’il côtoie. Il n’a pas d’idées arrêtées, est très ouvert et s’enrichit des différences.
Il a la trentaine et sa vie est digne d’un roman.
 
Il est né en Afrique du Sud,  pays des inégalités et de la discrimination. En tant que blanc, il était certes privilégié mais a aussi pu assister à toute cette misère et cette humiliation qu’on infligeait à l’Autre. Parce qu’il était noir. Parce que la couleur de la peau, pour certaines personnes, implique une infériorité ou une supériorité originelles justifiant l’instauration d’une sombre hiérarchie qui pèse au quotidien.
De cette période, Eddy parle peu. Il aime le pays où il a grandi, mais il n’y est jamais retourné.
Le monde est si vaste et offre tant à découvrir.
 
Il a grandi, est passé de petit garçon à adolescent. A dix-neuf ans, il a vu mourir sa mère d’une tumeur au cerveau. Elle s’est affaiblie, a dépéri, et a demandé à retourner dans son pays d’origine, au sud de l’Europe, là où elle pourrait revoir une dernière fois, après vingt années d’absence, sa mère et ses sœurs. Le futur veuf a préparé tout le voyage, a fait transporter sa femme allongée dans un lit d’hôpital, a peut-être prié le ciel de l’épargner. Elle a eu le temps de revoir une dernière fois les siens. Des retrouvailles tant espérées au goût d’amertume.
C’est ainsi qu’Eddy et sa sœur se sont retrouvés parachutés dans le pays de leurs ancêtres, sans le connaître, sans parler la langue, la comprenant à peine. Quand leur mère mourut, le père prit la décision de s’installer définitivement au pays. Ils y vivotèrent tant bien que mal. Les soucis financiers étaient bien présents, mais il fallait qu’Eddy puisse étudier, que sa sœur encore si jeune aille au lycée. Les deux jeunes orphelins supportèrent tout cela grâce à l’amour éperdu d’une grand-mère qui chérissait en eux l’image de sa fille disparue, d’une tante qui les adopta sans se poser de questions, se substituant naturellement à la sœur absente. Ils étaient si bien entourés que le père, convaincu d’être inutile au bien-être de ses enfants, repartit en Afrique du Sud, seul, et cessa un beau jour de leur donner des nouvelles. 
 
Eddy aurait pu faire de ce pays son point d’ancrage. C'est si commode de rester là où l'on a été posé. Mais déjà, il regardait l’horizon. Et il s’en alla vers l’Est. D’abord, il vécut six mois à Bucarest, et revint enchanté de cette fantastique expérience. Pendant son séjour, il trouva le temps de voyager en Hongrie, en République tchèque, en Turquie, sans oublier de faire un crochet vers Berlin, Londres, Paris. Il rencontra des gens formidables, les prit en photo pour immortaliser ces rencontres fugaces. Il me les a montrées. Ce sont des photographies en noir et blanc, pour la plupart. Un néophyte pourrait croire qu’elles sont mal cadrées, mais l’œil averti reconnaîtra dans ces sourires isolés, ces regards sans visages ou ces flous brumeux une expression artistique réelle. Dans cette galerie, quelque part, il y a des portraits de moi.
 
L’Europe n’est pas si vaste, mais elle est riche. On n’en fait pas le tour si facilement, tant les cultures sont diverses et le poids de l’histoire impérieux. Eddy s’installa à Amsterdam. Pendant plusieurs années, il y vécut, y travailla. Il s’y déplaçait en vélo, connut des tas de gens, avec lesquels il est bien sûr resté en contact. Périodiquement, pour ne pas couper les ponts, il retourne dans son pays où sa sœur, bien moins aventurière que lui, vit toujours.
 
 
Il semble toujours heureux, a souvent le sourire, prend la vie comme elle vient. Il surfe sur la vague sans se soucier de l’endroit où il va s’échouer, car ce lieu encore inconnu contient nécessairement une foule d’expériences qui n’attendent que lui, et lui n’attend qu’elles.
J’ai un peu perdu sa trace, nous communiquons moins, mais je sais qu’il a traversé l’Atlantique, puis le continent américain d’Est en Ouest pour s’installer à San Francisco. Il y exerce son métier, s’y sent bien, est ravi de l’extraordinaire diversité des habitants de la Californie. Il continue de prendre des photos et expose parfois ses clichés si particuliers, reflets du regard qu’il porte sur les lieux, sur les objets, sur autrui.

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Published by Jo - dans autrui
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commentaires

koulou (flégroll) 20/01/2007 13:23

démarer en Afrique du sud du temps de l'apartheid .. déjà, faut s'accrocher ... il s'en tire bien ton ami .

Francisco 18/01/2007 15:58

Bonjour.
Je viens de lire cette histoire qui done dans une certaine mesure de l'espoir à certaines personnes.
Sur mon blog, j'ai des photos accompagnés de textes sur St Francisco qui est une des villes que je prefaire pour vivre et Barcelon aussi.
Bonne continuation et au plaisir de te lire.

bettina 18/01/2007 10:47

C'est joli...ça donne plein d'espoir tout ça...
Tu m'a donné envie de regarder ses photos, tu sais si il expose via internet...
Bien à toi
 

Muad' Dib 17/01/2007 22:20

Il est intéressant cet article et ce personnage très attachant, comme si son destin était de porter un oeil serein sur le monde et d'en prendre quelques clichés, comme ça, juste pour le partage.

Artno 17/01/2007 21:16

...le genre d'autre vie qui m'aurait plu... un autre genre de fou... encore que tout les fous se ressemblent  :0036: