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  • : Tous ceux qui croisent notre chemin sont susceptibles de laisser une trace de leur passage.
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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

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« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

19 janvier 2007 5 19 /01 /janvier /2007 14:55

http://www.lamaisondariane.fr/images/SAC%20POUBELLE%2030.jpgUn dimanche d’hiver, en banlieue parisienne. La nuit était déjà tombée. Je passais dans la petite rue d’un quartier pavillonnaire quand je vis une voiture garée devant l’entrée du garage d’un pavillon. Le conducteur était assis sur le siège passager, les phares étaient allumés : il faisait, selon toute évidence, une simple halte et se tenait prêt à libérer la place si un véhicule venait à entrer ou sortir dudit garage. La scène est d’une banalité telle que je n’y prêtai pas attention au premier abord.
Puis, le conducteur, certainement las d’attendre, sortit de sa voiture et s’appuya, coté rue, sur le petit muret qui délimitait une propriété. Je le vis à plusieurs reprises jeter des œillades impatientes vers sa montre. Je continuai à marcher, et me rapprochais de lui à chaque pas. Il avait une cinquantaine d’années, les cheveux poivre et sel, un peu en bataille.
 
Soudain, un homme plus jeune, trente ans environ, sortit comme une furie de sa maison. Il se dirigea d’un pas déterminé vers celui qui attendait et le héla :
-         Eh toi ! Tu dégages !
L’homme interpellé de la sorte tiqua. Il tourna la tête vers l’autre et le fixa un long moment avec un regard dur.
-         Pardon ? dit-il en se retournant, considérant son interlocuteur avec une fermeté certaine, les bras croisés, les deux jambes bien plantées sur le sol. 
-         Ouais, toi, là, tu pousses ton cul de chez moi ! Tu dégages !
-         C’est chez vous, ça, m’sieur ?
Il avait un accent étranger, mais s’exprimait de manière intelligible.
-         Ouais, ouais, c’est chez moi, ça, t’as le cul posé chez moi. Dégage !
-         Mais qu’est-ce que ça peut vous faire que j’attende là ? je fais du mal à quelqu’un ? J’abîme quelque chose ?
-         M’en fous, tu dégages, t’es chez moi !
 
L’autre devenait vert de rage, aussi vert que le laissait entrevoir une obscurité à peine cassée par la lumière blafarde des lampadaires. L’homme qui attendait devenait lui aussi agressif. Il serrait la mâchoire et les poings, prêt à l’empoignade si elle s’avérait nécessaire. Le propriétaire acariâtre était maintenant à proximité du portail, sur le point de sortir de chez lui pour retrouver sur le trottoir celui qu’il voyait comme un indésirable intrus. Il sortit.
 
Les deux hommes étaient maintenant face à face. Je ralentis le rythme, curieuse de voir quelle serait l’issue de la confrontation. Ils criaient l’un et l’autre, déchirant le silence du paisible quartier.
-         Qu’est-ce que ça peut vous faire si je suis appuyé là ? Ca ne casse pas le mur !
-         T’as pas à être là ! Connard ! Vire ! Dégage !
 
Ils tournaient en rond, chacun restait campé sur ses positions. L’apaisement semblait impossible. J’imaginai qu’ils en viendraient aux mains, qu’ils s’entretueraient peut-être. Je continuai à avancer tout en jetant furtivement un œil curieux vers eux. Les éclats de voix continuaient à être parfaitement audibles du fait du niveau sonore de leur altercation.
L’homme coupable d’avoir installé son postérieur sur dix centimètres de muret vociférait maintenant avec plus de hargne que son adversaire. Soudain, il lança :
-         Mais tu veux tout pour toi, toi ! 
Et il ajouta, sûr de l’effet de son insulte :
-         Juif !
 
Saisie de stupeur et d’effroi, je m’arrêtai net et me retournai immédiatement, les yeux écarquillés, incrédule. Comment cet homme avait-il osé dire une chose pareille ? Comment pouvait-il assimiler ce mot à une insulte et s’en servir de la sorte ? Surtout, j’attendais la réaction de l’autre, que j’imaginais saisi et légitimement scandalisé par cette expression inattendue d’antisémitisme.
Au lieu de cela, voilà ce qu’il répondit :
 
-         Juif ? s’écria-t-il. Juif, moi ? T’as dit que j’étais juif ! Ca va pas non, j’suis breton, moi, m’sieur !
 
Ce n’est pas qu’on se serve du mot « juif » pour insulter qui l’avait outré, mais qu’on le prenne, lui, pour ce qu’il n’était pas et ce à quoi, manifestement, il ne voulait être assimilé à aucun prix.
 
Je m’éloignai définitivement, me disant qu'ils pouvaient tout aussi bien s’entretuer, ce ne serait peut-être pas plus mal, finalement.

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commentaires

Josée 23/01/2007 10:55

ah ben dis donc moi qui suis bretonne je n'en mêne pas large en lisant cette histoire.... en Bretagne on dirait de cet homme qui braille parce que l'autre s'asseoit à l'extérieur de chez lui sur qques cm de muret que c'est  "un plouc"

kéline 21/01/2007 15:43

hello Jo,
ça faisait longtemps que je n'étais pas venue te lire. Plaisir de te retrouver.Ton post me rappelle la première fois où venant de ma campagne j'ai entendu une insulte raciste.Tiens je vais en faire un article !  il s'agissait de mon mari qui s'est fait traité de sale youpin à un feu rouge mais il a une carapace telle contre la connerie humaine que franchement ça a glissé sur lui plus aisément que sur moi.

ninette 21/01/2007 13:00

Au hasard de mon errance dans la blogosphère me voilà sur ton blog.... je trouve ton blog trés sympa et ta façon d'écrire trés agréable... Je repasserai sans doute à l'occasion...  Bonne continuation

Michka :0010: 21/01/2007 12:57

Sophie (Ti Taz sur OB) 21/01/2007 11:45

toujours un plaisir de te lire... Bisous et bon dimanche!