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Certaines photos ont été glanées sur le Net. Elles ne sont utilisées que dans un but illustratif. Si toutefois leurs auteurs y voyaient une quelconque objection, merci de me contacter.

Evidence ...

 

 

« L’Enfer, c’est les Autres »

            Jean-Paul Sartre

Pour comprendre le but de ce blog, il vaut mieux commencer par lire ça.

Au quotidien

Samedi 27 février 2010 6 27 /02 /Fév /2010 17:30


tasse beatlesIl y a deux ans, j’ai obtenu ma mutation, laissant derrière moi l’ambiance fielleuse de l’établissement où j’ai fait mes premières armes. J’ai avancé pour aller au contact d’autres élèves, d’autres vies, d’autres joies et d’autres difficultés. D’autres collègues.

La rencontre avec autrui : fascinante aventure humaine.

 

Ces Autrui-là, tout en ayant les particularités qui les rendent uniques, ressemblent pourtant à s’y méprendre aux précédents. Comme si la spécificité de chacun ne servait qu’à les rendre identiques à d’autres individus, innombrables, que caractérisait cette même spécificité. Ce qui semble nous distinguer des autres nous ramène finalement à la grande famille des êtres humains, tous uniques, tous semblables.

 

Dans cette salle des profs-ci, on s’y repose, on y déjeune, on se dispute et on se marre. Parfois on travaille. Moi, entre toutes ces activités, je bois du café.

Pour ce faire, j’ai apporté mon mug fétiche, celui qui me renvoie à la personne qui me l’a offert, celui qui chuchote à mon oreille de doux souvenirs que les autres n’entendent pas. Celui qui est à moi.

Après avoir bu mon café entre deux sonneries trop rapprochées, je le rince et le pose sur l’évier toujours sale, toujours encombré, de l’antre professoral.

 

Un jour, cependant, ma tasse a disparu. Comme ça, sans crier gare.

Volatilisé, le contenant de l’élixir magique qui diluait angoisses et fatigue et me permettait de repartir, résignée mais guillerette, vers la salle de classe où travail et efforts se conjuguent dans un déploiement d’énergie un peu vain. Evaporé. Evanoui.

A grands cris, je demandai des comptes à l’assemblée, laquelle me répondait tantôt par un mutisme interrogateur, tantôt par une indifférence agacée, ou bien avec un sourire moqueur. Quoi, une tasse ? Toute cette indignation récriée, toutes ces vociférations haineuses pour une simple tasse ? Elle était belle cette tasse ? Elle était chère, au moins ?

Non, même pas. Mais c’était la mienne.

 

Pendant des semaines, je ne décolérai pas, cristallisant dans la disparition de cette tasse toute ma détestation des travers d’autrui.

Une collègue vint me trouver un jour, tout sourire, une tasse verte à la main, me priant d’accepter son présent, histoire de me réconcilier avec le monde enseignant, lequel n’était pas constitué que d’infâmes voleurs. Je lui souris, la remerciai chaudement sans oser lui révéler que j’avais le vert en horreur, tout en étouffant la voix mauvaise qui me soufflait qu’elle pourrait bien être l’auteur repentant du larcin et que, par son offrande inattendue, elle essayait tant bien que mal de racheter sa faute.

 

Et puis, un soir, par mail, une autre collègue m’écrivit et passa aux aveux. Oui, c’était elle la voleuse. Elle me priait d’accepter ses plus plates excuses. Point. Sans aucune autre forme d’explication.

 

Le lendemain, ma tasse avait retrouvé sa place sur l’évier crasseux.

Par Jo - Publié dans : Au quotidien
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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /Oct /2009 13:58
 

Je voudrais vous raconter comme mon nouveau collège est plein d’autrui(es) fascinants. Comme les événements qui s’y produisent sont surréalistes, parfois.

Je voudrais vous raconter le big boss, vous raconter son adjoint, vous parler des élèves. De quelques collègues. Des êtres captivants, tous autant qu’ils sont. Une magnifique réserve pour ce blog en hibernation.

Oui mais.

J’ voudrais bien.

Mais j’peux point.

 

Parce que je serais identifiée rapidement. Conspuée. Censurée. Blâmée. Livrée à la vindicte populaire d’une salle des profs outrée par la verve fielleuse de leur hypocrite collègue, sourire devant, clavier incisif derrière.

 

Je dois attendre que les Autres appartiennent (un peu) au passé pour vous les livrer en pâture. Patience. Mon stock se renouvelle à une vitesse qui m’effare moi-même.

 

En attendant, il y aura quelques petites histoires deci delà. Il n’est pas toujours nécessaire de regarder dans la porcherie pour voir des cochons.

Par Jo - Publié dans : Au quotidien
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Vendredi 24 juillet 2009 5 24 /07 /Juil /2009 01:07

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Le combat des féministes acharnées, chiennes de garde grondeuses et féroces, prêtes à montrer les dents et à en faire usage pour conquérir une égalité d’autant plus précieuse qu’elle a longtemps été opiniâtrement refusée par la gent masculine, m’est souvent apparu comme un peu excessif, un peu agressif, un peu enragé.

C’est sans doute que, née dans une décennie où les batailles les plus décisives avaient été remportées ou étaient sur le point de l’être, je pouvais jouir des fruits récoltés par mes aînées sans pour cela avoir souffert aucune peine, et même m’offrir le luxe de les mépriser un petit peu.

 

Pourtant, il y a de cela quelques semaines, le quotidien m’offrit la preuve que si la lutte n’avait pas été vaine, elle n’était pas non  plus terminée.

 

Ce mercredi-là, j’étais allée faire quelques courses dans une grande chaîne de supermarchés hard discount, lesquels, en ces temps de crise, rendent bien des services à la ménagère désargentée.

Une seule caisse était ouverte : il fallait donc s’armer de courage pour se glisser dans l’interminable file d’attente. Devant moi, une charmante fillette patientait en inventant mille activités ludiques avec les moyens du bord : aller à cloche-pied jusqu’au rayon des boites de conserve, contourner un panier à provisions, feindre que telle rangée de carreaux noirs, sur le sol, étaient en fait un dangereux précipice à éviter.

Ainsi évoluait-elle, toute guillerette et légère. Son père, solide gaillard presque chauve dont le marcel blanc épousait une bedaine déjà bien installée, avait le regard perdu dans le vague. Plus loin, une femme et son caddie entreprirent de se frayer un passage entre les clients qui attendaient. Il lui fallut pour cela s’arrêter pour laisser à la fillette le soin de terminer son jeu.

Tandis qu’elle sautillait gentiment au milieu de l’allée, son père intervint pour l’empêcher de barrer le passage. Il exigea de son enfant, avec force remontrances, qu’elle restât à ses cotés et ne bougeât plus. La petite, craintive, s’exécuta mais sa docilité n’adoucit pas la colère de son géniteur.

-         Mais enfin ! s’exclama-t-il,  arrête de  faire n’importe quoi !

 

Scène habituelle d’un quotidien qui nous est commun à tous.

 

J’écoutais d’une oreille distraite quand le ventripotent chef de famille crut bon d’ajouter, avec une exaspération redoublée :

-         Je sais que c’est féminin de faire n’importe quoi, mais quand même, ne sois pas comme tout le monde !

 

Je vis la petite se replier sur elle-même et terminer toute recroquevillée dans un coin, presque entièrement dissimulée derrière la volumineuse silhouette paternelle.

 

 

S’il y a, en effet, des femmes sottes et irréfléchies au point de faire croire aux malotrus que ces traits sont caractéristiques de leur sexe, il existe également des mâles qui montrent, derrière un paravent de virilité, comme celle-ci peut se substituer à l’intelligence.

 

Par Jo - Publié dans : Au quotidien
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Vendredi 18 avril 2008 5 18 /04 /Avr /2008 10:16

Yves et Marie-Laurence forment un couple épanoui. Ils sont heureux, ils sont cultivés, ils sont spirituels.

Ces deux âmes égarées se sont trouvées un peu par hasard, un peu comme tout le monde. Elles ne se sont plus jamais quittées, et le mariage vint naturellement sceller leur amour.

Pourtant, une fêlure fragilisait ce bonheur admirable. Ils connaissaient la douleur de voir se construire un avenir chaque jour un peu plus éloigné des rêves caressés : l’union demeurait inféconde.

Ne pas enfanter. Ne pas se projeter. Ne pas exister autrement que dans l’instant, enfermé dans un segment temporel qui ne serait relié à rien.

 

Des années durant, ils s’attelèrent à la tâche reproductrice sans perdre espoir ni ardeur. Leur persévérante copulation finit, après de bien longs efforts, par porter ses fruits.  Marie-Laurence eut enfin la joie d’attendre le bébé tant désiré.

La petite fille qui vint au monde était l’enfant du miracle. Elle fut choyée, admirée, observée avec ravissement. Les parents étaient aussi émerveillés qu’incrédules devant cet être délicat qui leur appartenait un peu.

 

 

Un jour, Marie-Laurence et moi discutions au téléphone. Elle évoquait une fois de plus sa fille, revenait sur les doutes qui l’avaient assaillie avant de tomber enceinte et s’ouvrit à moi en abandonnant toute retenue : « Ah, on voulait un enfant, mais on n’imaginait  pas que ce serait une enfant comme ça ! On a attendu, oh oui on a attendu, mais ça valait le coup ! »

J’écoute la fierté dans sa voix, je l’entends se rengorger pour digérer sa bonne fortune :

-         Ah, Irène ! Irène, c’est quelque chose !  Quelle enfant intelligente ! C’est clair qu’elle a du hériter de notre double QI ! Quand on a des parents très intelligents, les QI ne s’additionnent pas, non : c’est exponentiel. Ce qui fait qu’Irène est encore beaucoup plus intelligente que nous.


C’est dire.

 

 Marie-Laurence ne s’arrêta pas là. Elle s’extasie, elle se mire, elle se montre. Le jour de la naissance d’Irène, la Fée Intelligence ne vint pas seule. Elle était accompagnée de son amie Beauté, laquelle ne voulut pas faire un cadeau moins prestigieux que celui de sa consoeur. C’est ainsi que la jeune Irène, non contente d’avoir des capacités intellectuelles abyssales, était vouée à devenir l’icône absolue de la magnificence féminine.

Le regard maternel est plein de magie.

 

La petite Irène était de fait ravissante. Blonde, le regard bleu, elle avait hérité des traits parentaux, que la fraîcheur enfantine sauvait fortuitement de l’ingratitude. Yves et sa tendre moitié se pâmaient devant si sublime perfection. L’idée que la seule existence de la fillette suffise à la parer de tous les charmes aux yeux de ses géniteurs ne les effleurait même pas. Ils avaient assez de recul pour être objectifs. Evidemment. Béats, ils regardaient Irène interagir avec le monde comme si, entre tous, elle était la première à connaître pareille évolution.

Marie-Laurence développait, inlassable : « Cela m’inquiète beaucoup tout de même. Il y a des choses que l’on pardonne à quelqu’un qui est moche. Quelqu’un qui est moche et qui est intelligent, bon, on veut bien être son ami. Mais j’ai peur qu’Irène soit malheureuse avec un physique pareil. Sans oublier qu’il y a aussi le risque qu’elle devienne imbuvable, d’avoir autant suscité l’admiration. Alors nous, on essaie de compenser en ne la mettant pas sur un piédestal, pour qu’elle ne soit pas détestable non plus ».

 

Marie-Laurence voulait apprendre à Irène comment éviter les ornières de la vanité. Noble objectif.

 

Qui sait ? Peut-être que la petite aura aussi hérité de la modestie de sa mère.

 

 

Par Jo - Publié dans : Au quotidien
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Mercredi 19 mars 2008 3 19 /03 /Mars /2008 19:55

profsexyblog-copie-1.jpg Les années passant, Sophie la copine du lycée, la Sophie sensible à l’esthétique d’un numéro de téléphone, Sophie l’amie des animaux, Sophie l’inénarrable rencontra quelqu’un, se maria dans de rocambolesques circonstances et mit au monde deux charmants bambins.

Quand le petit dernier avait quelques mois, j’étais moi-même enceinte. Malgré des années de contacts épisodiques, nous entreprîmes de nous revoir, convaincues que la grâce de l’enfantement pourrait nous rapprocher de nouveau. C’est ainsi que je transportai mon imposante excroissance abdominale jusque chez elle.
Elle m’offrit un thé et le temps s’étiola lentement entre souvenirs, bavardages et couches culottes. Nous en vînmes à parler de mon métier. Sophie, elle, ne travaillait pas. Son commerçant de mari gagnait suffisamment bien sa vie pour assumer logement, femme et enfants.
Elle s’intéressa avec sincérité à mes difficultés et aux relations que j’entretenais avec mes élèves. Intellectuellement nourrie aux séries américaines, elle était probablement fascinée d’entendre des récits de la vraie vie. Il existe ainsi des êtres extraordinaires pour lesquels la banalité quotidienne revêt un caractère exotique.
 
« Ah ouèèèèèèèèè… !  C’est pas facile…. » commentait Sophie. Puis, s’enquérant de mes rapports avec les élèves garçons, elle me fit « Oh la la ! Heureusement que t’es pas canon ! »
 
Interloquée, je la dévisageai. Pas canon ? Pas canon ! Comment ça pas canon ?
 
 
Sophie comprit à mon expression quelle bourde elle venait de faire. Sincèrement navrée –Sophie est une fille profondément sincère-, elle entreprit de se rattraper : « Mais non ! C’est pas ce que je voulais dire … Mais bon, enfin… je veux dire… il n’y a pas des profs très belles dans ton collège ? » insista-t-elle pour bien me faire comprendre sa pensée.
 
Moi qui n’avais jamais douté de ma sublime silhouette, voilà qu’une truie qu’autrui m’assenait pareille remarque. De plus en plus mal à l’aise, Sophie se perdait en explications anxieuses tant elle était soucieuse de ne pas me vexer:
-         Mais ne le prends pas mal, hein ? Je disais ça comme ça. Tu vois, même moi, je ne me considère pas canon.


 

Il faut rencontrer au moins une Sophie au cours de son existence : cela rend philosophe.
Par Jo - Publié dans : Au quotidien
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